Le blog d'Amatxi

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mercredi 20 décembre 2006

Iaorana I Te Matahiti Api

Les premiers vœux polynésiens sont arrivés avec cette carte très particulière mais si parlante lorsqu'on a vécu au fenua.

A l'arrière, les fleurs de frangipanier, mois d'août du calendrier 2007 "Fleurs de Tahiti" (copyrighted, produced and distributed by Pacific Promotion).

L'image traditionnelle, le cliché accroche-touriste-en-mal-d'exotisme-facile, c'est grand soleil, sable doré, vahine jeune et super belle avec tiare sur l'oreille droite (très important, à droite, la vahine est célibataire…), lagon bleu qui fait mal aux yeux, cocotier languissant et pirogue à balancier et qui ne coule jamais. Voilà l'image classique, le cliché qui fait fantasmer et vendre. On ne va pas casser bêtement un objet du désir et montrer des jours de pluie violente, des dames encore jeunes mais qui ont beaucoup grossi, des plages de sables volcaniques, très noirs, la pollution du lagon, la maladie des cocotiers et la chaleur trop moite.
Je te regarde, Tamahine, et tu m'émeus beaucoup parce que tu as le visage tristounet, un peu bougon, que tu te caches sous ton buisson de tiare et qu'avec tes deux pieds bien campés en première ligne, tu ne poses pas façon pin-up, en danseuse de tamoure pour un magazine.
Je vais te parler un long moment, alors il te faut un prénom, un vrai prénom de ton pays, je vais t'appeler "Marau", comme la dernière reine de Tahiti et parce qu'une petite Marau a aussi fait partie de mon existence, là-bas aux Australes, on va ainsi éviter de tomber dans les prénoms américains très fun et te donner du Britney, Jennifer, Allison, Kylie ou Diana.
Que regardes-tu, Marau, et pourquoi ton visage est-il aussi fermé ? Tu es peut-être simplement fiu, donc très mélancolique même lorsqu'il fait aussi beau et que l'eau du lagon s'émeraude au fil des heures. Ce spleen très polynésien t'a prise tout d'un coup, sans raison particulière, c'est ainsi au fenua et il s'en ira de lui-même comme il est venu. Mais lorsqu'il s'installe, on n'a plus envie de rien et la vie devient très pesante. On peut être très triste au Pays de la Perle Noire, s'ennuyer beaucoup, trouver sa terre trop circulaire et trop étroite et ne plus avoir de désirs.
Est-ce ton île qui te pose problème ? Saturée d'influences étrangères, de copier-coller de l'American way of life, tu ne sais plus très bien où est ton âme ma'ohi. Tu manges plus souvent comme aux States que comme chez tes grands-parents dans les îles, tu as oublié le goût de l'eau qui coule en cascade de la montagne et tu avales du coca toute la journée. Pas la peine de manger du poisson frais puisqu'il y en a du tout congelé ou tout en boîte au magasin. Tu connais bien le goût des pommes Golden mais tu as oublié le parfum suave de la mangue non greffée, des avocats et des corrossols qui tombent à terre et qu'on ne ramasse plus. Tu sais qu'il te faudrait défendre ta culture, apprendre à danser de manière traditionnelle, tresser le pandanus et la fibre de coco, maintenir les traditions culinaires, connaître l'histoire de ton île et celle de ta famille, ton passé est ta richesse, sans lui tu serais bancale. L'esprit, le Mana, a veillé sur tes ancêtres et les a guidés, demande lui son aide pour retrouver tes vrais racines, pas celles que le tourisme enjolive et dénature.
Peut-être es-tu "Demi", comme on dit, tu es alors la jolie résultante de plusieurs cultures dont les particularismes se noient dans l'uniformatisation galopante d'un monde qui t'ignore et tu te cherches sans vraiment te trouver.
Est-ce ton fare que tu vois au loin, et tu ne le trouves pas bien joli, ni bien confortable, tu souhaiterais une de ces grandes maisons si luxueuses que tu vois s'installer le long du flanc de la montagne. Après ta naissance, tes parents, selon la tradition, ont enterré ton placenta dans leur cour et ont planté un arbre à pain à cet endroit. Ainsi l'arbre fruitier et toi, vous grandissez ensemble sur le même sol autrefois nourrissier afin que tu y sois bien ancrée. Tu l'aimes cette terre, il faut la protéger et lui rester fidèle et même si la vie t'emmène très loin, dans des contrées où il fait très froid dans la grisaille pénétrante de l'hiver. Où que tu sois, tu en auras toujours la nostalgie, on ne sort jamais indemne ton pays. Cette terre vous manque à jamais lorsqu'on s'en sépare… Gauguin le peintre, Ségalen le médecin–poète ont essayé de pénétrer les mystères du passé et ont passionnément ressenti la nostalgie d'une civilisation exsangue. Comme eux, il te faudra regarder ce qui t'entoure, l'admettre, tenter de le comprendre pour avancer et ne pas te sentir étrangère chez toi. Aime ta langue, tes coutumes, tes rites ancestraux, respecte–les pour mieux les transmettre quand le temps sera venu pour toi. Car l'Age d'Or n'est plus, tu es déjà confrontée à la réalité très brutale du quotidien et écartelée entre un passé absent et un présent rouleau compresseur de rêves
A l'école, il faut aussi que tu te battes, tu parles tahitien mais tu ne l'écrit pas et tu le lis mal. Le français te rebute un peu et tu le trouves difficile surtout si à la maison, on le parle peu. Et pourtant il te faudra faire des études, sans doute quitter ton île pour augmenter tes connaissances. Sans diplômes, tu irais grossir le lot des sans emplois, la vie est bien chère et les tentations d'achats sont sans fin.
Tu te sens nonchalante, emplie de torpeur et de mélancolie. En toi, tu portes sans le savoir encore, le choc violent de plusieurs cultures qui se combattent, les excès de la civilisation occidentale, les dégâts de la société de consommation et ceux de la religion. Face à la mer, tu imagines un voyage lointain, en ignorant que tu emmènerais aussi dans ta fuite, ton profond mal de vivre. Tu es une ma'ohi, tu te balances entre réel et imaginaire, dans ton monde qu'on dit exotique, tu vas aussi avoir une grande soif d'évasion, de quête intérieure. Grand sera le danger d'aller les trouver dans le cannabis local ou dans l'alcool, très présents autour de toi. Tu sais bien que seuls les touristes qui ne font que passer, privilégient l'aspect idyllique de ton île.
Bien sûr, tu te sentiras impuissante pour changer tout ce que tu n'aimes plus dans le monde occidental, pour préserver les richesses de ton mode de vie traditionnel. Il ne faut pas que le spleen s'amplifie. Tu n'es plus l'Enfant Roi et il te semble que tout va décidément trop vite autour de toi. Qui écoutes-tu Marau, est-ce la télévision omni présente qui guide tes choix et tes désirs ?
Car tu en auras encore, des colères. Tu vas te sentir écrasée par le mythe de Tahiti où il ferait si bon vivre, dans un soleil permanent, où tout n'est que paix et luxuriance entre une nature symbole d'Eden et une vahiné qui ne vieillirait jamais et qui vous aimerait toujours. Tu commences déjà à manquer de repères et à souffrir d'insularité. Petite Tahitienne, on te demande de respecter ton identité, de parler français, tu es imbibée d'influences américaines et tu ne corresponds plus au mythe de l'exotisme. Impossible de revenir en arrière, il va te falloir gagner ta vie et croire en toi. Il est loin le temps des chimères et de Pierre Loti, le paradis se perd chaque jour davantage. Prends ta destinée en main, dessine ton avenir, prévois-le lumineux comme si tu gravais l'arc-en-ciel de la nacre.
Je compte sur toi, tu es la force vive de ton Pays. Parce que…
Oscar Temaru, le président de Polynésie, renversé par une motion de censure

Le président de la Polynésie française, Oscar Temaru, a été renversé mercredi par une motion de censure déposée par l'opposition autonomiste réunie autour du sénateur UMP Gaston Flosse, son prédécesseur à la tête de la Polynésie.

Il s'agissait de la troisième motion de censure déposée contre Temaru depuis son arrivée il y a deux ans à la tête de l'archipel français du Pacifique sud. L'élection du nouveau président a été fixée au 21 décembre.

Tu vois, côté politique, rien ne change vraiment et les Dieux n'en finissent plus de se détourner des humains...

mercredi 13 décembre 2006

Garçon : un James Bond, un Lillet, un François Mauriac, un Graves, s'il vous plaît. Merci

L'an dernier, je cherchais une idée de promenade, pas trop loin, pas prise de tête au niveau de la route, avec une idée fédératrice pour ne pas errer à l'aventure en passant dix fois au même endroit. En ratissant les sites touristiques des environs, sur le net, je suis tombée sur la Route François Mauriac. Je sais bien que ce n'est plus un auteur à la mode et qu'on ne doit plus beaucoup lire du Mauriac dans la jeune génération. Mais moi, j'ai été élevée, scolairement parlant, au Mauriac. De plus quand on habitait le Bordelais, on avait le syndrome Obélix : Mauriac, on tombait dedans très jeune et on aimait infiniment. "Le Mystère Frontenac", "le Nœud de Vipères", "Thérèse Desqueyroux", je les avais dévorés, je n'avais pas la télévision et j'étais une littéraire à l'imaginaire nourri par mes lectures.
Preuve que le temps a passé et que l'oubli s'est confortablement installé : en m'écoutant évoquer la Route François Mauriac qui prend fin au Domaine de Malagar, la propriété que l'écrivain possédait, à une quarantaine de kilomètres de Bordeaux, près de Langon, mon interlocuteur du moment m'a dit, le visage tout réjoui :

- "Ah… Malagar… Un 2001, une "Premières Côtes de Bordeaux", du velours sur une entrecôte cuite au grill et servie avec un hachis d'échalotes…"

Parfois, on se sent vieux, mais vieux ! Eh oui, Malagar, maintenant c'est juste un vin, plus la respectueuse et vénérable demeure d'un académicien, prix Nobel en 1952, tout d'même ! Dans ma jeunesse... au siècle dernier... avant, j'sais même plus… on connaissait et le Bonhomme et le fait que sa demeure familiale produisait un bon cru. Pauvre Mauriac, le voilà réduit à un 75 centilitres de rouge… C'est du très bon vin rouge mais quand même...
La Route François Mauriac est superbe, elle serpente entre les coteaux et fourmille de découvertes, de vieilles pierres, de jolies vues. Il y avait des noms de villages que je ne connaissais pas et il est fascinant de suivre les variations du lit de la Garonne sur les lieux, les populations et sur l'historique de la batellerie.
Sur le net, site très bien conçu, descriptif, explicatif, carte, tout y est parfaitement au point pour préparer son itinéraire et alimenter son savoir.

En suivant le chemin des écoliers sur cette Route, on arrive par hasard à Podensac, presque en face de Rions, mais sur l'autre rive de la Garonne (à 5,5 km de Rions et 12 km de Langoiran). On est donc rive gauche, comme on dit à Paris, et à 32 km de Bordeaux. Ce qui me plaît en promenade, c'est arriver quelque part sans l'avoir voulu et y trouver des lieux surprenants. Le château d'eau de Podensac ne serait sans doute jamais resté dans mon esprit si je n'avais lu qu'il avait été construit par un certain Charles Edouard Jeanneret dit le Corbusier. Ce qui m'a fascinée, c'est le parc Chavat du début du vingtième siècle, tout au bord de la Garonne. Il est un peu à l'abandon et mériterait un entretien plus soigné. Très beaux arbres et importante statuaire que l'on ne s'attend pas à trouver dans ce lieu. Au fil des allées et des bosquets apparaissent les statues, on oublie où l'on se trouve lorsque le soir descend sur la rivière et le parc Chavat et son château s'entourent de mystères et de magie. Pour voir le mascaret dans le calme et la nature, en zappant la foule, le bruit, les voitures, éviter le "spot" à la mode et aller à Podensac au bord de la Garonne
C'est à Podensac qu'est née en 1872 la fabrique Lillet, dont l'apéritif a été mis sur le marché en 1895. Il est fait à 85 % de vin de Bordeaux très sélectionné et à 15 % de liqueur de fruits, avec des ajouts d'écorce de quinquina, de sucre, d'oranges amères, d'oranges douces et d'écorce d'orange. C'est donc un subtil mélange de vin, de liqueurs, de fruits, vieilli en fût de chêne. Assez amer autrefois, la nouvelle version est plus sucrée pour correspondre au goût actuel. La recette est un secret que l'on de passe d'une génération à l'autre. Il existe en deux versions :
- le Lillet Blanc, plus poulaire, à base de vin blanc, couleur d'or, plus sec que le Lillet rouge (fait à partir de vins rouges). Il a des arômes d'oranges confites, de citron vert, de résine de pin, de menthe fraîche, de miel.
- le Lillet rouge est couleur rubis et a la saveur de la vanille, des épices, des petits fruits rouges et de l'orange fraîche.
Blanc ou rouge, le Lillet est généreux, intense, long en bouche.
Servir frappé dans un verre à Bordeaux (dont la forme exhale le subtil bouquet du Lillet), ou on the rocks, avec une tranche d'orange ou une rondelle de citron.
Si l'on aime le vin blanc, le martini, préférer le Lillet blanc.
Il se boit en apéritif, en cocktail.
Intéressant article de l'Humanité : le Lillet, le quinquina et les crûs bordelais.
Très beau site Lillet.
www.lillet.com

J'ai beaucoup d'affection pour le Lillet mais je ne suis pas amateur. C'est un produit du terroir, j'y tiens, j'y suis sentimentalement attachée, mais j'en gardais une image un peu surannée, je le voyais un tantinet has been, un soupçon vieille gloire dépassée. Je ne pensais pas qu'on le consommait encore beaucoup en France. Je m'étais tout de même rendu compte qu'à l'étranger, on l'aimait bien. Une phrase culte l'accompagne hors de France :" Lillet : pronounced lee-lay."
La duchesse de Windsor ne voyageait jamais sans sa bouteille de Lillet et en était une des plus grandes consommatrices dans les années 50, elle l'exigeait dans les restaurants parisiens et se faisait envoyer à l'avance une caisse de Lillet dans les grands hôtels lorsqu'elle voyageait.
Dans "le Silence des Agneaux," Hannibal Lecter invite sa victime à partager un verre de Lillet avec lui avant de lui manger le cerveau.
Et Ian Fleming, le père de James Bond, devait le connaître aussi. En 1952, naissait James Bond qui apparaissait dans le premier livre d'une longue série : "Casino Royale", publié en 1953. Dans les années 50, grand engouement pour les cocktails, le Lillet est alors très populaire en Angleterre et les ventes décollent aux Etats-Unis. Fleming souhaitait un cocktail original, élégant, avec une couleur française pour son espion 007. Ainsi naquit la recette du Vesper, (du nom de l'héroïne féminine, belle agent double, dont Bond tombe amoureux) qui sera remplacé plus tard par le célèbre Vodka Martini.
Voici la véritable recette du Vesper selon Ian Fleming :

- "3 measures of Gordon's gin.
- 1 measure of vodka.
- ½ a measure of Kina Lillet.
- Shake until ice cold in a deep champagne goblet with a large thin slice of lemon peel."

On dit que Fleming, pourtant grand amateur de cocktails aurait fait une erreur en y mettant du Kina Lillet (le premier nom du Lillet en raison de l'ajout de quinquina), très amer. Le terme Kina disparaîtra dans les années 30, déjà dans les années 20, avait été mis sur le marché le Lillet dry, plus adapté au goût anglais. Dans la recette de Fleming, le Kina est maintenant remplacé par du Lillet blanc.

Le dernier film de la série, le vingt-troisième, "Casino Royale", est sorti en novembre 2006. On y retrouve le Vesper "au shaker, pas à la cuillère". Et voilà notre modeste Lillet propulsé en pleine gloire, Lillet c'est l'ingrédient magique, celui qui fait toute la différence et qui place le Vesper très loin devant un insignifiant martini. Le film fait un vrai tabac, Daniel Graig reprend la recette de Ian Fleming, elle a 54 ans et pas une ride.
The libations of James Bond, drinker, sailor, connoisseur, spy.!
(Le site est excellent, on a une très belle descente dans les James Bond, ça picole sec mais très chic).

" From Casino Royale (1953) to Casino Royale (2006), find every alcoholic beverage consumed by the world’s most famous secret agent : 431 drinks served."


www.atomicmartinis.com
Bartender: “Shaken or stirred?”

Bond: “Does it look like I give a damn?”

Sur le même site lire aussi : "Why did Ian Fleming like his martini shaken ?"

A Podensac, dans la société Lillet qui compte 7 employés, on se félicite que Daniel Graig n'ait pas commandé de Vodka Martini à la table de poker. Lillet propulsé en pleine gloire internationale par James Bond, la vie est très malicieuse ! Le Vesper existait dans un livre mais n'avait jamais pris vie sur un écran. Le monde entier s'intéresse maintenant au Lillet, il est de bon ton d'offrir des Vespers à ses invités et c'est 007 qui fait la pub gratuitement. Les miracles existent, les filtres magiques aussi... avec un trait de Lillet blanc, une rondelle de citron, et n'oubliez pas les glaçons et le verre à pied. James, Vesper et leur père spirituel Ian ne vous le pardonneraient pas...

Puis-je suggérer à mister Bond ma recette perso de Malaga, elle est très ancienne mais depuis que je la connais et que je la prépare, les autres apéritifs (excepté le vin de noix, cher à mon coeur et excellent pour le tonus) me paraissent moins parfumés et plus lourds.
- I litre de très bon vin rouge (impératif), 500 g de sucre, 2 anis étoilés, 1/2 citron bio, 1/2 gousse de vanille, 1 clou de girofle, 1/2 litre d'eau de vie (privilégiez la qualité des ingrédients).
Versez tous les ingrédients sauf l'eau de vie dans un récipient inoxydable. Chauffez très doucement et laissez frémir 15 minutes en évitant les bouillons. Après refroidissement, passez le vin et y mélanger l'eau de vie. Mettre en bouteille.
Facile, naturel, jolie couleur, odorant, excellent pour ouvrir l'appétit et très classy dans une élégante bouteille.

mardi 5 décembre 2006

Tabernacle, les tounes, c'est fun !

Découverte des "Cow-Boys Fringants" : le nom, c'est déjà une révélation. Pour les fans de country, un vrai régal ! Dans leur musique, je grapille des sonorités bretonnes, du folk, du folklore western, les musiques se métissent et c'est tout bon. Guitare, basse, batterie et bonheur de retrouver la mandoline et l'accordéon. Difficile de ne pas avoir les pieds qui battent le tempo et le corps qui bouge, ça déménage.
Je connaissais déjà le titre "Plus rien" (http://www.linternaute.com/video/musique/les-cowboys-fringants-plus-rien/ Le dernier humain sur la terre raconte la grande dégringolade de la planète), sans le rattacher à ce groupe québécois de musique folk. Mots au vitriol et musique qui monte en violence, difficile à oublier lorqu'on l'a entendu une première fois, un de ces textes que l'on réécoute et qui s'imprime dans la tête.
Ils sont cinq, auteurs compositeurs, parlent d'écologie, de politique, de c'qui n'a pas d'allure et pas d'bon sens dans le monde. Les textes sont engagés, c'est pas niaiseux du tout ! J'aime leur humour, leur franc–parler, leur joie, leur réalisme, le ton brut de décoffrage, le sérieux de l'engagement politique, la belle musicalité, les sons qui donnent envie de danser, les jolis mots qui touchent l'âme.
Je suis aussi intéressée par leur condamnation de l'anglicisme au Québec.
Ils ont débuté en 1997 et en sont à leur cinquième album "Grand Messe".
J'adore "Ti-cul" (http://www.linternaute.com/video/clip/les-cowboys-fringants-live-au-bataclan-ti-cul/), la zic, que du bonheur et le refrain, on le garde en boucle et il vous revient ensuite, comme un boomerang, à tout moment de la journée.

Pourquoi chercher un sens
À toutes leurs conneries ?
Ti-Cul va tenter ta chance
Et fais ton ch’min dans la vie
Parce qu’au fond le vrai plaisir
C’est p’t’être juste de pas savoir
Comment qu’à va finir
Ta p'tite histoire

"Les Etoiles Filantes", Mon Chum Rémi, la Reine des Cow-Boys Fringants", "En Berne", il faut tout écouter.
Les Cow-Boys Fringants, c'est un vrai phénomène de société, ils ne laissent pas indifférents. Les textes peuvent poser problème car on ne possède pas tout le vocabulaire, et le débit est ultra-rapide, c'est le parler du Québec, mais je pense à toutes les chansons en anglais pour lesquelles on a un coup de cœur sans toujours bien comprendre ce que l'on entend. Aller sur un site spécialisé dans les paroles, les "lyrics" et écouter en lisant le texte, c'est un plus.
Ma préférée : "Toune d'Automne" (http://www.linternaute.com/video/musique/les-cowboys-fringants-live-au-centre-bell-toune-d-automne/), c'est sucré et salé, mélancolique et acide, anyway j'suis ben contente d'entendre cette toune à la musique qui remue le coeur...

"Et puis toé ma p'tite sœur
Es-tu toujours aussi perdue ?
C'est ti encore la grande noirceur ?
Ou ben si t'as r'pris le dessus ?
Tsé qu'la vie est parsemée de p'tites misères
Faut pas t'en faire…
Anyway chu content que tu r'viennes
T'arrives en même temps que l'automne
Tsé bien qu'ça m'a fait d'la peine
De t'voir partir ma mignonne…"

Une autre petite merveille "The Fratellis" avec "Whistle for the choir" (http://www.youtube.com/watch?v=czzYT181un4). A la première écoute, ça accroche l'oreille et l'intérêt et ça a un petit goût du Liverpool de ma jeunesse, un je ne sais quoi Beatles à leur début, c'est frais, léger, pétillant comme une bonne ale.
Sont Ecossais, les Fratellis, et arrivent en droite ligne de Glasgow, tout neufs dans le monde du CD.
Groupe de trois, formé en 2005 et font un rock gai, entraînant, sans prise de tête. Pour certains, c'est un groupe kleenex, succès trop rapide, non mérité et disparition toute aussi véloce, déjà annoncée. Pour les Britanniques, c'est pourtant la découverte rock 2006. Je ne serai pas aussi vite coupeur de têtes, je sais bien qu'on est à l'ère de l'écoute rapide et du consommé-jeté. Car il y a du talent, chez les Fratellis, un bon sens du rythme, c'est festif et ça fait un bien fou. En anglais c'est "banging tunes", "brilliant songs", "amazing" et je suis bien de cet avis. Tous les titres sont différents. Du bon rock qui tient la route, avec un délicieux côté seventies, j'en redemande...
Ecouter aussi "Creeping up the backstairs", et le super "Chelsea Dagger", la batterie au début et le refrain, extra ! (http://www.youtube.com/watch?v=clhOnZRrmXc).
En plus, pochette, décalée, très kitch...The Fratellis – Costello Music.

Aller côté Youtube pour avoir son et vidéo des Cow-Boys Fringants et des Fratellis, et passer ainsi un très bon moment.

Et puis un petit bijou, les chansons du spectacle de François Morel " Collection Particulière" sortie le 20 novembre sur un CD. Impossible de résister à ce touche-à-tout hyper doué en tout. Il y a lurette, je craquais pour "les Deschiens", il y fredonnait déjà. Au cinéma, il a un talent fou. Je ne savais pas qu'il chantait si bien, comme un pro et qu'il écrivait de si beaux textes, farfelus, tendres, un genre d'inventaire comme Prévert, même verse explosive et même extra-ordinaire talent.

Belle chanson : "Hôtel Beau Rivage". Et puis cette merveille de drôlerie, sur ce qu'il est recommandé de ne pas dire : "Recommandations".

"Il ne faut pas non plus écraser les piétons
Même s'ils sont engagés sur les passages cloutés.
Il vaut mieux, quand on peut
Ne pas tuer ses enfants
Sauf s'ils sont négligents pour se brosser les dents.
Il faudrait éviter d'étouffer ses aïeux
Sauf s'ils sont trop hargneux
Sauf s'ils sont ennuyeux"...

Le 29 janvier 2007, sortie annoncée du troisième album de Norah Jones, elle en a écrit les 13 titres. Sur les ondes, on commence à entendre "Thinking about You". Encore une chanson qui va faire son chemin, du très beau travail, un autre petit moment-bonheur à savourer sans modération.

mardi 28 novembre 2006

Un samedi matin presque ordinaire

Un samedi matin, direction Bordeaux pour faire des achats. Paramètres au beau fixe : temps agréable, donc pas d'utilisation de parapluie à l'horizon, peu de circulation, c'est très calme sur la route et grand miracle, l'entrée de Bordeaux est fluide. La grâce continue : le parking est modestement occupé, c'est rare, une place rapidement trouvée, luxe suprême, on peut même choisir son emplacement tant il y a de stationnements disponibles.
Direction un grand magasin pour trouver un pull homme à col roulé. C'est pile l'heure de l'ouverture matinale, le personnel est à son poste et pour mon malheur, il y a très peu de clients. La vendeuse côté lainage est en pleine forme, la cinquantaine dynamique, trop peut-être… Je veux juste regarder, calmement, les articles susceptibles de m'intéresser, même pas toucher, tout est si impeccablement rangé qu'on ose pas… Je me suis toujours demandé si attaquer le client frontalement était un ordre de la direction ou si c'était une initiative perso du vendeur pour augmenter le chiffre d'affaire de son rayon. Indéniablement je suis la bonne personne au bon moment, pire, y'a que moi, là, j'y ai droit. Je n'ai pas le temps de poser un rapide regard sur les étagères, elle me ferre comme un moustique dans une toile d'araignée et je sens que je ne vais pas avoir de tranquillité du tout. Ça doit faire partie des lois de Murphy, plus le client veut avoir la paix, plus le vendeur va s'acharner sur lui. Ma vendeuse est directe, motivée, déterminée et dominante, elle déborde d'énergie et veut vendre, je suis le pigeon du moment donc on sort la grosse artillerie. Et comme je me considère agressée, je rentre dans le lard. Elle se vexe, je sens comme une lassitude s'installer dans mon mental, je n'ai plus envie de regarder les pulls mais le désir de prendre rapidement la porte de sortie.
Second grand magasin, déjà l'enthousiasme s'est un peu émoussé et si on n' y prend garde, le moral peut chuter dangereusement et les courses se transformer en corvée éreintante. On se rebooste le moral ("je vais bien, tout va bien…") et on attaque l'escalier roulant. Même situation, même effet. Rayon pull, vendeuse la cinquantaine, attaque frontale mais plus paisible. Pas le temps de faire une sélection d'articles, elle a déjà demandé ce que l'on voulait et proposé un panel de trois possibilités : matières synthétiques, pure laine et un article avec de l'alpaga. Le mot devient magique, c'est le sésame de la vente, le pull devient exceptionnel, quasi rarissime pour quelques happy few. Notre dame a posé l'objet de désir sur son avant-bras et effleure à peine la laine. Je m'efforce de penser positif et je me dis que, finalement, elle me simplifie la recherche, sa remarque a fait mouche, je me sens très "alpaga addicted". Pour avoir une légère liberté de mouvement, il faut quand même que je lui précise que je vais réfléchir, c'est usant de se sentir ainsi ficelé…
Premier modèle, même plié, sans essayer, y'a comme un défaut, le col roulé tombe mal, il remonte, c'est déjà pas très élégant sur l'étagère, sur l'Homme, je crains que cela ne s'arrange pas. J'élimine direct "le tout synthétiques", je vais donc emmener deux modèles, le pas terrible avec col loupé au cas où je me tromperai et le "avec alpaga", Il présente bien celui-là, jolie couleur gris fumée, grande douceur au toucher, belle tenue, col impeccable qui s'installe en douceur jusqu'à la base du cou. Et puis de l'alpaga, le luxe, j'ai dans la tête des visions de manteaux en alpaga, sublime tissu un peu brillant, une élégance indéniable, un tomber magnifique. Rien qu'avec le mot alpaga, on est déjà conquis, je pense douceur, chaleur, solidité, finesse, isolation du froid et de l'humidité. Je me rappelle aussi certains prix qui laissaient immédiatement très rêveuse et moins acheteuse.
Essayage : pull loupé vraiment moche et alpaga vraiment taillé pour l'Homme, tout est parfait, longueur, manches, encolure et étiquette très raisonnable. Pourtant au toucher, un détail m'interpelle, j'ai comme un doute, la douceur m'est familière et je regarde l'étiquette. Pas un brin de laine, un "mix-viscose-polyamide", pas un soupçon d'alpaga, mais 15 % d'angora - sur l'étiquette ça donne ce nouveau terme : visc/polya/angora - ma brave vendeuse a confondu alpaga et angora, dans la prononciation, ça sonne identique, pour elle c'est du pareil au même.
"Alpaga-angora-viscpolyangora", on va pas chipoter pour si peu…
A la caisse, je fais calmement remarquer que le pull n'a pas de laine et encore moins d'alpaga. La vendeuse le reconnaît mais je comprends très vite que c'est un détail, elle s'est trompée, on va pas passer la journée là-dessus. Elle s'éloigne, moi je trouve le système fatiguant : je ne demandais rien, on me fait l'article, la composition est très fantaisiste, mais bôf, c'est la vie.
Je règle et soudain mon "alpaga-angora" revient vers moi. : "C'est pour me faire pardonner mon erreur, je vous offre cette ceinture". Je me doute bien que c'est un cadeau promotionnel mais je suis sensible au geste. Je remercie, j'oublie les désagréments et je reprends mon escalator, le cœur léger, en louant les bons côtés de la vie.

A la porte de sortie, l'alarme sonne, emplit le magasin, fige l'atmosphère. Je m'immobilise, le personnel de sécurité arrive immédiatement, les gens vous regardent, ça continue à vrombir, on se sent ridicule, misérable, honteux, vexé, l'amour propre fait la malle avec la dignité et le calme intérieur. Parce que là, y'en a marre ! Allez expliquer à un monsieur en costume noir, chemise blanche, cravate noire, gai comme une porte de prison, bâti comme un armoire normande, avec badge, téléphone, talkie-walkie et bien trente centimètres de plus que vous en hauteur, et 50 kg supplémentaires sur la balance, allez donc bafouiller en ressentant immédiatement le ridicule de la situation :" C'est la ceinture… C'est un cadeau… et… c'est pas noté sur le ticket de caisse..."

Reprise de l'escalator avec la Sécurité, compréhensive, mais qui souhaite vérifier mes dires, ma vendeuse ne dira pas un mot, ôtera l'alarme de la ceinture sans un regard et retournera vers son travail, très paisiblement. C'est ubuesque, tout va de travers, mais c'est tout bon, juste une cliente qui n'énerve et pourquoi donc, Grand Dieu ? Le faux alpaga, la ceinture et moi, on a repris la sortie pour la seconde fois. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, n'est ce pas… ?

mardi 21 novembre 2006

Vous prendrez-bien un peu de sciure ?

Je méditais sur le célèbre adage très bordelais : "lorsque le vin est tiré, il faut le boire" et je me disais que customisé tendance, on obtenait un petit listing de formules à options :

  • lorsque le sac de copeaux a séjourné dans la cuve, je le bois où je le bois pas, ce vin et j'appelle toujours ça… du vin ?
  • lorsque le boisé du vin est obtenu en pile 3 semaines grâce à une poignée de copeaux, je consomme toujours ou je vire jus de raisin bio ?
  • lorsque je vais tester ma "chère" bouteille, (pas côté affectif mais version porte-monnaie), qui n'aura jamais vu une barrique de chêne de sa vie, ai-je encore le jugement objectif ?
  • et maintenant que je sais que ces satanés copeaux ne seront pas décelables lors d'une dégustation à l'aveugle, quel œil vais-je poser sur l'étiquette de la bouteille ?

Rester zen, garder sa confiance, ne pas jeter aux orties ce que l'on a aimé, éviter l'ingratitude, le changement brusque de sentiment, penser à son Pays, à sa Région, déjà que le commerce du vin est dans une mauvaise passe… ne pas en rajouter une couche… de copeaux... Le sujet est délicat, le sol du cuvier glissant, donc l'humour s'en ressent, c'est ras le cep de vigne, je le reconnais !

"Copeaux ou pas copeaux, that is the question ?"

Et encore, je me rends compte au fil de mes lectures, que je garde une politesse bon chic, bon genre vis-à-vis de ce nouvel additif, car certains parlent avec dédain et misérabilisme de "copeaux, langue de bois" ("l'Avenir du Libournais"), pire... de "morceaux de bois", de "poussière de copeaux" et on dégringole même jusqu'à... la sciure, il semble que le sujet n'incite pas à la poésie ! Copeau, ça vous a encore un petit côté délicat, raffiné, on pense à l'atelier du tonnelier, à la volute de bois frisée qui s'échappe souplement du rabot, à l'odeur persistante du chêne. Rien que des sons plaisants, des odeurs subtiles et des pensées agréables. Mais si je m'imagine des morceaux de bois en train de boire la tasse tout en tentant une brasse crawlée dans une cuve anonyme, j'ai du mal à fantasmer, c'est un coup à attraper, à jeun, la gueule de bois.
Et puis, le 09 novembre, un grand coup de pied dans la montagne de copeaux, prête à être immergée : "interdiction de l'utilisation de morceaux de bois pour les vins d'AOC".
Du coup je ne sais plus si je suis rassurée, noyée dans un flot d'informations confuses, perplexe devant une situation favorable à pas mal de fraudes, ou simplement agacée face à une tradition vinicole qui prend l'eau de toute part… On interdit les copeaux pour les AOC mais "on permet l'expérimentation pour les régions viticoles qui le souhaitent". Je prendrai bien un bon verre… d'eau avec deux di-antalvics, siou-plaît… Le copeau grillé accélérateur d'ârome vanille ou boisé, c'est son nom de guerre, je sens que je le digère de moins en moins, pire, il me reste vraiment sur l'estomac et comme un mauvais vin, il va me flanquer grave un sérieux mal au crâne.
Selon un article du Monde en date du 16 novembre 2006 :

"Beaucoup d'AOC, notamment dans le Bordelais, sont en fait favorables aux copeaux, mais voudraient que soit réglé avant tout le problème de la segmentation des appellations d'origine. Cela permettrait plus simplement de dire "oui" aux copeaux pour les AOC basiques et "non" pour le haut de gamme."(Laetitia Clavreul).

Je me repose la question de la lecture de l'étiquette. Déjà qu'elle n'était pas très explicite, cette malheureuse et qu'elle souffrait d'un manque flagrant de renseignements, la présence encombrante ou l'absence non signalée d'un certain indésirable vanillé-boisé, va la rendre désormais très suspecte et pas franchement incitative à l'achat.
Et pour finir de s'éclater la tête, un bon vieux problème des familles, le style d'autrefois lorsque la baignoire fuyait ou que le robinet faisait du goutte à goutte… A vos porte-plumes :

  1. - Sachant qu'une barrique bordelaise revient à plus de 500 € hors taxes, amortie sur 3 ans, et que le prix d'achat des copeaux est de 10 € hors taxes par kg, et utilisé à la dose de 5 grammes par litre.
  2. - Et que la barrique bordelaise utilisée actuellement contient 225 litres de vin, soit 25 caisses de douze bouteilles.
  3. - A quel prix suis-je désormais condamnée à payer ma dive fiole ?
  4. - Et en combien de temps vais-je être complètement allergique à tout achat de vin, AOC ou pas, avec copeaux ou avec barrique ?

Une grande camomille, trois dioalgo gés (générique du di-antalvic, pour faire des économies - en plus des deux précédents), ma bouillotte et au lit... me sens très fatiguée brusquement...

mardi 14 novembre 2006

Troubles ethniques au Tchad

Une rapide information, noyée dans le flot de nouvelles quotidiennes, a retenu toute mon attention : "Graves troubles ethniques au Tchad, les tribus arabes s'opposent aux ethnies non-arabes, depuis trois ans les massacres de population continuent".
Je ne suis pas une familière de radio Vatican, mais je sais que leur connaissance des problèmes africains est très pertinente et que leur analyse sera basée sur du vécu.

Il y a 30 ans, le Tchad entrait dans ma vie pour ne plus la quitter. Depuis lors, je suis toujours restée aux nouvelles. Je pensais que mon âme était restée blottie entre un cocotier, un de ceux qui se penchent au-dessus du lagon de Polynésie, un ylang-ylang dont le parfum me hantera à jamais et un petit coin de plage du côté d'Haraméa. Je sais maintenant aussi, avec le recul des années, qu'elle doit continuer d'errer doucement dans les dunes mouvantes de Moussoro, parmi les champs de mil à la saison des récoltes, et qu'elle va se poser parfois sous le grand nem d'un jardin, en haut d'une colline, près du château d'eau, pour y trouver paix et ombre.
Il y a 30 ans, je faisais, en schématisant et en accéléré, un changement de cap radical, un virage étourdissant sur l'aile, du Lyon/Bordeaux/Paris/N'Djamena/Moussoro, (département du Kanem, au centre ouest du Tchad). Avec la fougue et l'inconscience de la jeunesse, je suis passée sans transition d'une existence normalisée : travail- grande maison à la campagne-jardin-des animaux (déjà) à une autre planète dont j'avais du chercher la position dans un livre de cartes géographiques. Je ne suis jamais partie alphabétiser, ni évangéliser pour une quelconque chapelle, Dieu m'en garde, simplement voir le côté argenté du nuage, comprendre comment d'autres vivaient, le désir de se poser un long moment dans un lieu inconnu. Ne pas juger, ou alors le moins possible, rester très réaliste, éviter l'engouement catastrophe et béat qui fait basculer dans une euphorie ridicule. Apprendre à reconnaître la beauté, la magie des êtres et des lieux, la sagesse des traditions, le charme enjôleur de la luminosité, des saisons, des plantes. Savoir ce que l'on ne va pas accepter, ce dont il va falloir se tenir éloigné, ce qu'il faudra respecter sans toujours bien comprendre vraiment. Et puis aimer, le plus possible, le plus fort possible les instants fugaces où l'on se sent en paix, à sa place, pourtant si loin de tout, mais en communion avec une terre très étrange, où le temps n'a plus aucune d'importance.
Et le Tchad vous éclabousse de son soleil, de sa chaleur sèche, de sa poussière et de sa profonde misère. Tout vous explose en même temps au visage, renverse vos valeurs d'hier, atomise vos certitudes et accroît vos doutes sur le sens à donner à sa vie. La première crème glacée à N'Djamena, un réflexe banal lorsqu'on a tellement chaud qu'on cherche son air et que l'on sent des ruisseaux de sueur dégouliner le long de son corps et se coller aux vêtements. Le moment où l'expression "trempé de sueur" prend alors tout son sens dans votre cerveau très ramolli par l'intensité de la chaleur et la force brutale du soleil. L'imagination, proche de la déshydratation, sublime cette ridicule boule vanille, tremblotante sur son cône. Et en un instant, l'Afrique s'impose à vous, la bouche s'avance, la glace dégringole à moitié fondue déjà et une nuée de gamins en guenilles, poussiéreux, se rue sur le sol pour ramasser une miette du festin. Et c'est la dure loi de la très grande pauvreté, les grands, les forts vont molester les plus faibles et s'emparer du butin. Je me rappelle avoir donné le cône de pâte à un tout petit gamin, je n'avais plus faim, ni soif, j'essayais de comprendre. J'étais heureusement venue sans idée préconçue, ça m'a sauvée, car on peut très vite basculer dans un rejet destructeur qui va vous faire haïr avec violence et l'endroit et les gens.
Il y aura aussi la concession de ce poste de brousse, avec son toit de tôles ondulées qui craquait sous la canicule, le jardin tout en sable, l'électricité limitée, la lampe pétromax sur laquelle grasillaient les insectes, le frigidaire à pétrole qu'il fallait apprendre à régler sous peine d'être enfumé, la cuisine à l'extérieur de la maison, les 40 litres d'eau par jour et par personne, cette chaleur si intense qu'on pense ne pas pouvoir la supporter un jour de plus, le premier sapin de Noël fait avec un épineux, et les tempêtes de sable qui vous faisaient passer à côté de votre porte sans l'avoir reconnue.
Et ce début de grosse colère lorsque des gosses se sont glissés dans le trou à ordures creusé dans le sable. Les premiers réflexes formatés pays riche : l'énervement contre cette intrusion, l'agacement de devoir tout nettoyer, l'impression de voir son espace vital envahi et pollué. Puis les immenses yeux de ce gosse, dont le bout de short tient avec une ficelle, et qui est en train de trier " MES ORDURES"… Il a récupéré avec soin, de la ouate sur des serviettes hygiéniques, je suis sidérée, j'explique qu'il ne faut pas faire ça, que c'est sale et lui me parle doucement : "mais madame, regarde, là, c'est propre, je garde"… Un autre a empilé les boîtes de conserves, rangé les bouteilles. Tout est examiné, tout devient précieux, transformable, monnayable. Et c'est moi qui ai fait silence pour essayer d'assimiler afin de mettre ma vie plus en accord avec ce qui m'entourait.
Il y a 30 ans, ce pays connaissait la guerre civile, le conflit entre les ethnies, les religions qui s'opposent, la prolifération des armes, une classe politique qui semblait rechercher les avantages du pouvoir et pratiquer le laisser faire. On parlait déjà de violences ethniques, de population en dessous du seuil de pauvreté, d'hostilité entre communautés, de personnes déplacées, d'attaques et l'on voyait ces picks up surchargés de combattants, la tête entourée du chèche et les armes à la main.
J'ai aimé ce bout de terre lointaine, si misérable et si riche de vie pourtant. Lorsque la guerre s'est emballée trop fort et qu'il a fallu, en quelques heures, préparer ses cantines, quitter tout et s'éloigner dans un Transal, j'avais le cœur en miettes. J'ai toujours su que j'avais vécu des jours très forts et que la lumière et la chaleur humaine de cette partie d'Afrique seraient désormais un manque grandissant. J'avais fait un jardin et planté des graines de kapokier. Les petits pieds étaient bien nés. Plus tard, quelqu'un m'a dit qu'il existait toujours des kapokiers devant la concession. J'ai toujours su que je n'y retournerai jamais, je crois aussi qu'il ne faut pas revenir en arrière lorsqu'on a vécu des moments très forts, hors du temps et de la normalité. Peut-être existe-t-il encore un superbe kapokier qui s'élève, du côté de Moussoro, vers le ciel étincelant, une liberté enfin retrouvée et une paix tant espérée.

Aujourd'hui 15 novembre 2006, je viens de me connecter à Google Alerte afin de recevoir les toutes dernières nouvelles du Tchad. Le lien qui nous unit est toujours aussi fort, j'ai toujours des classeurs dans lesquels j'ai stocké des informations trouvées dans les journaux. Avec la technologie, c'est internet qui va assurer la relation. Il reste, dans un coin de mon cœur, l'odeur du charbon de bois dans le kanoun, la saveur du poulet au citron de Cheddeï, la mousse d'une gala au bord du Chari, la vigilance de monsieur Kiki, grand chien jaune d'Afrique et de son harem autour d'un couffin d'osier à l'ombre des cotonniers et des ricins. Et surtout la beauté des nuits étoilées avec le lit qu'on installe le soir venu dans le jardin, les premières fleurs roses sur un pied d'éléphant, les boutures de patates douces qui font office de gazon, les grosses touffes de citronnelle, leurs feuilles au bord acéré, la tisane jaune intense, le thé très sucré. Difficile de s'imaginer qu'à la saison fraîche, on attrape des engelures, qu'on est transi de froid et qu'ensuite le sable va verdir et fleurir.

Terre de contraste, tu le demeures dans la violence. Terre de richesse avec le pétrole et famine avec la politique de la terre brûlée. Multiplicité des ethnies, haine entre frères, religions qui s'opposent. L'eau manque, les caisses sont vides, le chaos s'installe, au Tchad, la notion de temporalité ressemble encore et toujours au minuscule grain de sable noyé dans l'immensité du désert…
Et N'Djamena signifie encore et toujours "laissez-nous en paix"...


"Le sens des couleurs du drapeau tchadien :
Bleu: La liberté des Tchadiens, grand comme le ciel
Jaune : L'or, et les richesses du Tchad
Rouge : Le sang de ceux qui ont donné leurs vies pour le bien de leur nation

L’hymne national tchadienne
Peuple tchadien,

Debout et à l'ouvrage!

Tu as conquis ta terre et ton droit.

Ta liberté naîtra de ton courage

Lève les yeux l'avenir est à toi!

O mon pays,

Que Dieu te prenne en garde!

Que tes voisins admirent tes enfants.

Joyeux et pacifiques, en avant en chantant!

Fidèles à tes anciens qui te regardent..."

(Ce site s'ouvre sur l'hymne national du Tchad.)


(http://www.alwihdainfo.com/tchadcarte.htm)

samedi 11 novembre 2006

Mister Lover

Louise-Anne,

J'ai une petite histoire de chat à te raconter.
Au départ ce devait être une comptine tout en douceur et en tendresse, le modèle candy cane rose bonbon pour petite fille bien sage, retouché comtesse de Ségur ! La vie n'est ni lisse, ni sirupeuse, ni enveloppée de joli papier d'argent, alors mon histoire, elle ressemble à un petit moment, pris sur le vif, un instantané avec ses hauts très hauts et ses bas un peu tremblotants, mais c'est ainsi, elle apprend à rebondir et c'est pas si mal que ça !
Tu connais la Mimine de ta Maman, Namae Wa. A ta première visite, elle t'a regardée avec perplexité, et un prudent recul qui s'est transformé en un "J'suis là aussi, d'ailleurs, j'y étais avant ce Bout d'Chou et j'aimerais que l'on s'en souvienne". Elle s'est donc installée très près de toi pour marquer son territoire, en laissant un certain espace pour qu'on ne s'avise pas d'être trop familier. Mais elle t'a respectée, nous avons noté cet excellent comportement et nous l'avons félicitée, on avait prévu une confrontation musclée, connaissant le Sujet… Alors on a poussé un profond soupir de soulagement.

Il faut te dire que Namae Wa, elle a du caractère. Je vais éviter le raccourci facile, non, je ne parlerai pas de mauvais caractère, j'évoquerai avec prudence une sacrée personnalité très affirmée, sinon je vais voir son regard se noircir ! Elle décide, exige, est imprévisible : avant… c'est surtout pas le moment, après… c'est irrémédiablement trop tard, un point c'est tout, et on discute pas ! Mais quel amour de Minette !
Ce qui nous frappe toujours chez cette Mimine Très Spéciale, c'est qu'elle râle sec, d'ailleurs elle a toujours rouspété et ça surprend les non-avertis. Ça continue gaillardement, je prends cela comme un signe de bonne santé et on fait avec, en riant très souvent. Si je reviens tard, elle m'attend dans le couloir avec un son très rauque et un regard distant, je traduis en simultané : "c'est à ct'heure-là qu' tu rentres ?". Et si vous gérez mal votre fonction de portier, vous y avez droit !
Nous avons toujours eu des périodes pudiquement appelées "Namae Wa déménage" et on comprend notre douleur ! Elle se réveille alors très, très tôt et exige de sortir. Malheur à vous si vous tardez à vous lever et à lui ouvrir la porte. Avec la patte et une distinction très classy, elle va grimper juste là où il ne faut pas et va virer ce à quoi vous tenez. Par chance, Madame porte son choix sur les livres, les magazines, les papiers, crayons, carnets, classeurs, tout ce qui est papeterie va, de préférence, y passer. Mais attention, surtout pas de précipitation, faut pas gâcher le plaisir. Et puis une fois tout à terre d'un seul bloc, on pourrait alors bêtement retomber dans le sommeil. Que nenni… Donc d'un geste élégant, un petit coup de patte d'une grâce folle, elle pousse l'objet avec une lenteur calculée jusqu'à la chute finale et recommence avec jubilation.

— "Tiens, c'est mon stylo qui dégringole… My God, ma pile de documents à exploiter s'est ratatinée… Le magazine acheté ce matin, oups… Mauvaise réception au sol, la couverture va pas s'en remettre… Ah, non ! Pas mon classeur, ben si… Et ce bruit, alerte, c'est un CD et le plastique du boîtier, la rencontre musclée avec le carrelage, il va pas aimer…"

Je ne connais pas le supplice de la goutte d'eau mais les objets sur un bureau qui font le grand saut, chacun à leur tour, très posément, dans la moiteur cotonneuse d'un demi-sommeil, ça interpelle. Je reconnais chaque bruit, surtout le bond final du matou sur l'imprimante tout en un, le second exemplaire, qui va pas supporter longtemps un mépris pareil. Et quand Sa Majesté commence à froisser du papier, un conseil, bondissez hors du lit, y'a urgence !

Namae Wa déteste la cohabitation, tient ses congénères à distance et vous vide un jardin en deux coups de cuillère à pot. Cette police très efficace appliquée dans son propre jardin, c'est normal, justifié, la défense du territoire national, dans la famille, on sait ce que sait ! Mais qu'elle annexe le grand jardin de la voisine, qui par chance n'a plus d'animaux de compagnie, là, ça fait débat et on va droit au conflit territorial. Personne ne peut, ni ne doit s'aventurer dans ses deux résidences, la sienne, la principale et, next door, on est côté secondaire. Je ne compte plus les hurlements de pauvres matous inoffensifs qui ont osé passer un quart de moustache sur ce no man's land, plus inaccessible que la Terre Promise. Ça finit toujours par un début de raclée maison, pour le moment Grand Chef Namae Wa a le dessus, mais on reste vigilant. Bondir à chaque bataille et essayer de séparer les belligérants, c'est ainsi que j'ai régulièrement à soigner des blessures de guerre, les siennes et … les miennes, dans le feu de l'action, on y laisse du poil de chat et des brins de peau humaine !

Et puis un Jour, le Miracle, l'Instant Magique, D Day, le Moment de Grâce, celui où la colombe de la paix de SAS en profiterait pour passer sans avoir les ailes ensanglantées, la Béatitude, inaccessible jusqu'alors, sont enfin venus sous la forme de Mister Lover. Il y avait comme du" Zorro est arrivé" dans l'air ce matin-là. "Sans s'presser, le Serial Lover, le sublissime Lover avec son r'gard et son poil tout beau…." enfin presque…
Une vision hallucinante dans le jardin : Namae Wa, assise en haut de la terrasse avec une vue panoramique sur ses terres. Et puis, sur les pas japonais, arrive, avec une démarche chaloupée, un chat gris tigré, inconnu au bataillon, des poils très longs, épais, une crinière autour de la tête et un regard magnifique, des paillettes d'or sur un fond de jade. C'est un mâle, j'en suis sûre, jeune, une maman chatte de gouttière (ou comme dit le vétérinaire "chatte européenne") qui aurait subjugué un matou angora ? Peu importe, j'aime toutes les bêtes et l'inscription au LOF ne fait pas partie de mes priorités. Il est magnifique, une dégaine pas possible, un charme fou style latin lover qui aurait la grâce d'un danseur argentin. Il roule les mécaniques, juste ce qu'il faut, un brin décoiffé, je suis bluffée et je pense instantanément qu'avec Namae Wa, ça va saigner. Donc je me prépare à l'éconduire poliment en lui expliquant que passer son chemin est sa priorité s'il tient à conserver son superbe pelage. Il continue sa lente progression, calmement, sûr de lui et à distance respectable, il s'étire, s'allonge, se prosterne et commence une sérénade langoureuse de miaulements feutrés. C'est Roméo et Juliette sans la nuit et le balcon. J'ai jamais vu ça, du moins le phénomène chat amoureux, je connais mais avant que j'ai jamais pu plonger dans le romantisme, Namae Wa était déjà sur le sentier de la guerre avec le tomawak entre les crocs. Elle ne dit rien, (ce qui n'est pas forcément bon signe, à retardement, le scud maison fait du dégât), elle le snobe, ne lui accorde pas un regard. Mais, elle le tolère, c'est phénoménal.

Depuis lors, j'avais presque deux chats. Mister Lover est très câlin, il accepte les marques d'amitié, ronronne, s'affale en un clin d'œil, se ramollit dès qu'on lui parle, fond comme un chamallow, vous appelle lorsque vous ne le voyez pas et fait une cour d'une distinction royale à notre Mimine. Elle ne laisse rien paraître mais je sais que c'est l'Élu, The One, the Apple of her Eye and the Cream in her Coffee. Ils sont adorables tous les deux. Elle, distante mais bienveillante, lui amoureux respectueux et attentionné. Je ne sais pas où il habite mais il n'est pas abandonné, il n'accepte pas de nourriture, vient boire avec grande élégance, uniquement dans la vasque pour les oiseaux…
Mon seul échec c'est le coup de peigne. Il a souvent le poil emmêlé et avec beaucoup de douceur, en le prévenant, j'ai tenté un timide démêlage. Promis, Lover, je recommencerai pas, tu as le droit de rester un peu bohême.

Et puis, il y a peu, dans la quiétude de l'après-midi, une série de hurlements, pire que d'habitude lorsqu'il y a grabuge, des bruits de végétation cassée, un début de poursuite, ça crachouille, griffe, en démultiplié, je bondis dans le jardin. Face à face, Namae Wa et sa presque moitié jusqu'à cet instant. Notre Mimine a la particularité d'asséner un premier coup de patte, ce que j'appelle "l'aller", c'est du solide et ça décoiffe grave. Mais le pire, c'est "le retour", très déstabilisant et qui laisse l'adversaire un brin groggy. Je suis arrivée au moment où Mister Lover, très perturbé par le premier soufflet, et ignorant du phénomène, allait s'attraper un revers modèle uppercut. Le pauvre, le poil angora en a été tout chiffonné, la tête a dodeliné, il était abasourdi, on sentait que le mental ne percevait pas tout à fait la gravité de la situation. Namae Wa lui a, en quelques crachotis virulents, expliqué sèchement la vie. Puis elle a rassemblé ce qui lui restait de dignité, l'a toisé avec un profond dédain, a encore levé la patte. Lui a prudemment baissé la tête et moi j'ai avancé la main, je sentais le pugilat repartir et les dégâts collatéraux arriver ventre à terre…
Mais elle lui a tourné le dos et depuis, elle ne l'a plus jamais regardé. Il vient, quand elle n'est pas au jardin, il est tout tristounet, je le câline, je lui parle, nous avons nos secrets quand Namae Wa ne nous voit pas. Que s'est-il passé, qu'a-t-il fait, que n'a-t-il pas fait, qu'aurait-il du faire ?
Je connais Namae Wa, elle ne lui pardonnera pas, je le crains.
Il est toujours craquant, un amour de matou lui-aussi, j'espère te le montrer fin décembre.
Notre Namae Wa reste altière, superbe, lointaine et tellement attachante. Elle sait que tu vas venir et elle t'attend.

Et si le miracle de Noël concernait aussi deux Minous, ça me plairait bien...

dimanche 5 novembre 2006

Ode au chorizo de qualité

La dame de la météo a fait un raccourci très explicatif : "en octobre nous avons eu les températures de septembre et en novembre, nous aurons les températures de … novembre". En très peu de temps, j'ai quitté le tee-shirt manches courtes dans lequel j'avais trop chaud pour la panoplie hivernale. Depuis mes séjours outremer, le principe est très simple à comprendre : en dessus de 25 °, tout va bien, je ne suis pas gênée par la chaleur mais à partir de 24 °, je vais très rapidement ressentir la moindre chute de température. Pour moi, pas de transition du tout, j'ai retrouvé la maison Damart, les gros pulls et cette sensation de froid qui s'insinue et que j'avais bien occultée. Journée de mardi dernier à Bordeaux, un temps superbe, ciel clair, soleil et le pas qui se ralentit l'après-midi, fait chaud ! Mercredi, au réveil, brrr, ça saisit, le vent est friquet, j'empile les épaisseurs (une réaction répétitive mais sans aucun effet réel une fois le mental agressé par un sentiment de froidure), en jardinant je sens le vent désagréable, et je rentre avec regret toutes les plantes fragiles qui fleurissaient encore malgré l'approche de novembre.
J'avais commencé à préparer mes commandes de salaisons, la grisaille m'a incité à m'y plonger avec délice. Cela fait longtemps que je teste divers produits chez des producteurs très variés et je commence à avoir de l'expérience en la matière.
Je suis une gourmande de chorizo, avec une précision qui semble surréaliste, de chorizo qui en soit vraiment, que je reconnaisse à sa couleur naturelle et à son bon goût de terroir. Je fais un petit clin d'œil (juste un peu moqueur) au rédacteur de la note sur le chorizo dans ma Bible Wikipédia :

" ce produit est sujet à dessication et il vaut mieux le déguster rapidement".

Je me permets donc de lui indiquer, avec déférence, une autre référence qui a toute ma confiance et mon respect gustatif :

" Conservation : Vous le conserverez jusqu'à 6 semaines dans un linge sec, dans un endroit sec et frais ou dans le bas de votre réfrigérateur."

C'est ce que dit mon "maître es chorizo", monsieur Laurent Pétricorena et il a bien raison. De plus, utiliser le terme "dessiccation", fichtre, bonjour le vocabulaire et l'orthographe élitistes, (vérifiez, mais monsieur Hachette, il l'écrit avec 2 S mais aussi avec... 2 C !). Lire la définition du chorizo avec le Larousse à portée de main, la vie devient de plus en plus compliquée !
Je suis une fidèle cliente de Laurent Petricorena, route de Saint-Jean-Pied-de-Port-64430 Saint Etienne de Baïgorry (VPC parfaite, envoi très sérieux). L'adresse est déjà une invitation vers le soleil, la joie de vivre et la gastronomie du Pays Basque. Excellent producteur, qualité, saveur, respect du consommateur, prix, tout me plaît avec ce petit bémol : amateurs de charcuterie impersonnelle et fade s'abstenir. Au Pays Basque, on privilégie les saveurs de caractère et on aime les vraies salaisons qui ont de la personnalité, sans colorant ni conservateur et qui se révèlent en bouche.

On trouve cette saucisse sèche vraiment partout, jamais de rupture de stock, simplement au premier coup d'œil, je sais qu'il faut que je passe mon chemin et ne surtout pas acheter un clone de chorizo. Avant d'acquérir ce regard infaillible "d'experte", j'en ai testé du pseudo chorizo. Il ne suffit pas d'avoir la bonne couleur ni la forme repliée pour mériter le label. Je devine rapidement que la couleur rouge foncé n'est pas due qu'au piment et que certains colorants artificiels y sont bien actifs, autant que le sont les conservateurs. J'ai savouré cette remarque lue dans un blog :

"Allez, pour finir, le chorizo. Celui que j'avais mis dans mon caddie, l'autre jour, m'a rendu malade rien qu'à lire les ingrédients. Je l'ai ramené dans le rayon, et dans le doute, j'en ai pris un d'une autre marque, un peu plus cher. Ingrédients : viande de porc, piment, ail, sel. Adopté ! Mais on parie que dans deux ans, il aura disparu des rayons ?"

Les ingrédients de base du chorizo Pamplona de Pétricorena sont précis et rassurants : "maigre de porc et de coche (l'ancien nom de la truie), gras, piment doux, piment fort, sel, poivre, épices". L'équilibre des ingrédients est affaire de spécialiste avisé. En effet, certains chorizos doux sont si aseptisés qu'ils en ont perdu goût et texture, on mâche alors un saucisson anonyme et rougeâtre, limite "caoutchouteux insipide". Mais si on s'aventure chez le chorizo fort, basse qualité, alors le phénomène Eliot le Dragon, c'est de la roupie de sansonnet à côté de ce que l'on va subir : embrasement de la bouche, du tube digestif, visage en feu, yeux exorbités, aucun son ne sort des lèvres, et le cerveau met un bon moment pour retrouver sa vitesse de croisière. Le piquant du chorizo, c'est tout un art. Dosé, sensible, agréable, il en fait toute la chaleur. Méprisé, ignoré, suractivé, c'est une horreur et une épreuve que l'on n'oublie pas de sitôt.
Après avoir vu, dans une grande surface, un succédané de chorizo d'une couleur surprenante, à la texture grasse, enserrée dans une gangue plastifiée, j'ai eu un haut-le-cœur. L'extérieur avait été salpêtré, c'est du salpêtre alimentaire, mais le mot en lui-même met déjà en état de choc. Ce devait être un chorizo dans sa période grand troisième âge, un papy, dont le nitrate de potassium était sensé conserver et améliorer l'apparence. Il semblait excessivement ramolli, j'ai eu de gros doutes sur sa période d'assèchement. La lecture des conservateurs, des stabilisants, des colorants est alors un grand moment de stupéfaction et de sensation d'allergies à venir et gratinées. On est vraiment obligé d'avaler, entre autres, de l'ascorbate de sodium, du E 45, des polyphosphates, du rouge de cochenille ? La cochenille évoque immédiatement dans mon esprit ce parasite peu appétissant, ce poux des plantes dont j'ai vu les attaques meurtrières et repoussantes sur les agrumes de Polynésie. Il me semblait que le piment colorait le chorizo de façon joliment naturelle et qu'il savait se conserver tout seul, en séchant. Une bonne viande hachée avec soin, amoureusement marinée, dans un boyau naturel, cela donne un produit goûteux. Est-ce à dire que la matière première d'un chorizo industriel est de très, très piètre qualité ?
Dans l'article "Tout savoir sur les additifs" je lis :

  • "Désignation : E124 Ponceau 4R (colorant rouge).
  • Présent notamment dans : Chorizo.
  • Commentaires : Génotoxique, interdit aux Etats-Unis."

Suspecté aussi génotoxique et interdit en Norvège.
Un génotoxique est un agent qui provoque des lésions dans L'ADN, damned, on est très loin du vocabulaire de la salaison plaisir et ça coupe radicalement l'appétit…

Dans mon magasin bio, découverte d'un chorizo, je suis un peu sceptique, associer chorizo et bio, ça me semble, sans que je me l'explique vraiment, un peu bizarre. Je sélectionne la qualité de mes salaisons, je ne vais donc pas les chercher côté bio. J'examine avec perplexité et sans vraie sympathie, le chorizo Sarta (300 grammes, origine Espagne) de chez Bonneterre. A première vue, rien que du très positif dans le descriptif :

  1. - "issu de porcs élevés en plein air.
  2. - savoir-faire artisanal avec séchage naturel (2 mois minimum)
  3. - ingrédients : viande de porc, graisse de porc, ail, paprika, origan, (ces 5 éléments sont issus de l'agriculture bio), sel marin."

Pas de piment du Pays basque, ce sera mon seul regret. Car le chorizo bio Sarta, il est excellent, vraiment. Version tranchée testée également, avec préjugés de ma part. Aucune critique à formuler, goût et texture au top. Si, bien sûr, le prix… Manger bio, à un prix normal, c'est encore du domaine du vœu pieux…

Je déguste de préférence le chorizo, à l'état naturel, c'est-à-dire froid, mais je viens de tester avec un grand plaisir deux recettes très simples qui l'incluent dans la cuisson et c'est un vrai régal :
- Risotto aux courgettes et au chorizo.
- Chorizo aux pommes de terre.
Et puis le must, trouvé dans "Elle à table" numéro 46 et que j'ai fait à ma façon :" tartines de chorizo aux champignons crus".
Pour 4 personnes : des champignons de Paris (j'ai préféré les "beiges", ma marchande m'a assuré qu'ils sont plus parfumés que les blancs et elle a raison), du jus de citron (bio, la lecture des conservateurs et des traitements du citron basique me pétrifie), des tranches de pain de campagne, du beurre salé et des tranches de chorizo.
"Elle" fait ça très smart et précise avec distinction : "de fines tranches de chorizo". Moi, j' suis pas fan des tranches style dentelle, je vais vers du plus … épais ! Mais pour la présentation et la dégustation délicate, fin, c'est mieux. Pour le plaisir de la saveur, un peu plus consistant, c'est plus difficile à faire tenir sur la tartine, mais c'est du bonheur !
Pelez les champignons, les coupez en rondelles fines (décidément !). Arrosez-les de quelques gouttes de jus de citron (j'ai bien aimé la saveur citronnée donc j'ai eu la main plus lourde). Faites griller les tranches de pain, puis laissez-les refroidir (j'ai opté pour la tartine chaude) et tartinez-les de beurre salé. Posez sur chacune des tranches fines (!) de chorizo et de champignons crus.
C'est une découverte, cette petite recette, elle est savoureuse, facile, vite faite. Un seul impératif : des produits sélectionnés, d'excellente qualité.
Bon chorizo et très bon appétit !

dimanche 29 octobre 2006

Miouzic

Faudel : la chanson "Mon Pays"- dans l'album "Mundial Corrida", le quatrième de Faudel, sorti en septembre 2006. Pour le refrain et le mélange des genres musicaux
J'aimais beaucoup le précédent succès : "Je veux vivre".

Rihanna :"Unfaithful" - CD simple. Je suis preneur, on l'a très vite dans la tête, très agréable, jolie mélodie. Titre plus intérieur, plus personnel, aucun rapport avec le tube précédent "Pon de replay" qui m'avait bien accrochée, ça groove sec !
Cela signifierait "On the replay" dans la langue des Barbades, d'où est originaire Rihanna. De la vraie dancefloor pour dance hall, ça donne envie de bouger et je présume qu'en discothèque, "ça l'fait" (j'avais apprécié "Confessions on a dancefloor" par Madonna, avec mon morceau préféré "Sorry"). Sur Youtube.com, une excellente version de "Pon de replay" en tap dance, je suis fan !

Je suis amateur de musique country depuis très longtemps. "Sons of the desert" je ne connaissais pas. Une émission de radio sur la country, un soir, très tard, un titre "Whatever comes first" et je prends papier et crayon pour noter les références. Je lâche aussi la broderie en redwork pour Louise-Anne et j'écoute. C'est épatant, du country rock, un "catchy sound", un bon texte, un groupe de country extra, droit dans ses bottes, en harmonie avec ses racines. Premier album "Whatever comes first" en 1997. Ils disent avoir tiré leur nom d'un vieux film de Laurel et Hardy. Ce qu'il y a de bien avec le son country, c'est qu'il est intemporel. "Whatever comes first" pourrait avoir été composé hier, il aurait toujours cette musicalité qui se moque du temps qui passe. Je crois que c'est ça, la qualité.

Toujours côté country mais plus folk,trois chanteuses texanes auteurs-compositeurs-interprètes.

"Les Dixie Chicks" ont un trio country féminin qui vendait des wagons de disques jusqu'à ce que l'une des chanteuses déclare, pendant un concert, avoir honte que George W. Bush soit texan comme elle. Une campagne de boycott plus tard (menée par des soit-disant fans déçus), le trio est reparti au printemps sur la voie du succès avec un nouvel album, Taking the Long Way. La nouvelle section de leur site, Dixie Chicks underground, a été développée par le duo de webdesigners So Fake (dont on peut également admirer l'étonnant We Fail). La page se présente comme la vue Google Maps d'une grosse résidence, sauf que là on peut zoomer jusqu'à carrément rentrer dans les pièces de l'habitation. Spectaculaire, ce site contient aussi une mine de petits trésors et d'animations rigolotes à dénicher un peu partout." (http://blogs.telerama.fr/numerique/cration_web_1/index.html).

Dixie Chicks : deux titres - "Everybody knows" et "Lullaby" sur l'album "Taking the long way". Lire aussi : "Les Dixie Chicks tiennent bon."
Belles voix, textes engagés, elles sont aussi musiciennes, du pur country rock, great group ! Leur site vaut le détour, elles y ont ouvert un blog.

Je suis accro à Youtube, le leader mondial de partage de vidéo en ligne. Lorsqu'une chanson me parle, je vais chercher ses vidéos sur ce site. Je limite même mon temps de visionnage sinon je reste longtemps devant mon écran, passionnée par ce que je vois et ce que j'entends, terrific ! Lorsqu'on parle de Youtube, on entend invariablement le même commentaire : lancé le 15 février 2005, il connaît un succès fulgurant, il est gratuit et très apprécié par les internautes.
Google possède aussi un service équivalent "Google vidéo" or, "le 9 octobre 2006, Google rachète YouTube pour un montant de 1,65 milliards de dollars en actions, ce qui constitue la plus grosse opération d'acquisition de Google" (WiKipédia).
Youtube commençait à avoir des problèmes de paiement de droits d'auteur, (il tablait sur le fait qu'il se considérait uniquement comme hébergeur). Depuis le rachat par Google, du ménage a été fait, des vidéos ont été supprimées pour éviter des procès et un accord a été passé avec Universal Music, Warner music, Sony Music et le groupe de télévision CBS.
Youtube détient 45% du marché de la vidéo en ligne. Que va-t-il devenir après ce rachat ? Restera-t-il cette colossale vidéothèque ? Aura t-il le même esprit pionnier ? Quid de la gratuité et de l'indépendance ?

«La vidéo est le plus puissant des médias de masse. Eric Schmidt (le P-DG de Google, Ndlr) a déclaré que Google réaliserait d'autres acquisitions dans le secteur de la vidéo. C'est donc qu'il ne va pas en rester là. Je pense que ce sont les prémices de la vidéo sur internet», conclut Greg Kostello.

("Avec Youtube, Google fait une OPA sur le marché de la vidéo en ligne" http://www.zdnet.fr/actualites/internet/0,39020774,39363989,00.htm)

jeudi 26 octobre 2006

In vino veritas ?

L'automne est bien installé, pas vraiment dans la nature, il fait beau et même chaud dans le Sud-ouest. Mais dans l'air, dans l'humeur, la mélancolie s'installe doucement, on se sent plus fragile, plus friable et un rien vous égratigne et vous chagrine un tantinet. J'aimais l'automne car je le rattachais aux vendanges, à l'alchimie entre le raisin, le terroir et un savoir artisanal. Je me demande s'il faut continuer à aimer certaines traditions, y être toujours très attaché, et les défendre encore et toujours, style : " ça a toujours été ainsi et ça doit le demeurer". Ou alors adopter le changement parce qu'il est inéluctable, parce qu'il faut toujours chercher à améliorer et que rien n'est statique indéfiniment. Est-ce qu'il faut que je fasse du Lavoisier "à la petite semaine" et accepter sans broncher que ce qui s'applique à la logique de la matière règne désormais partout. "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme". Et si, sur certains points bien précis, je voulais être attachée à ce que je connais, à ce que j'aime, à ce que je trouve beau, bien, probant ? Et si je refusais les transformations successives parce qu'elles me déçoivent et me lassent ? Bref, si je devenais réactionnaire, anticonformiste, passéiste et si je trouvais que "c'était mieux avant" alors qu'on m'avance de nouvelles données très logiques et bien argumentées ? Je réalise bien qu'il n'y a pas loin de "têtu" à "borné", mais si je prenais un grand virage côté "de mon temps", peut-être que je trouverai cet automne moins corrosif ?

Deux faits concernant le vin commencent à me chagriner. Je sais, il y a bien plus grave. Mais une bonne bouteille choisie avec soin, application, réflexion et qui est chapeautée par un bouchon dont je ne peux même pas dire en quoi il est fait, ça me déçoit de plus en plus. Je pensais que c'était une pratique très épisodique, sur des vins étrangers, sur des produits pas chers ou pas terribles, j'avais tout faux J'ai même l'impression d'être volée sur la marchandise. Le contenu d'une bouteille de vin étant maintenant très aléatoire, le summum, ce sera un vin cher, pas bon et avec un truc en matière beige anémié, plastique imitation liège, pour le boucher.
Mais mon pauvre bouchon en liège, il n'est pas intouchable, il a ses défauts, ses failles, je peux aussi lui trouver bien des tares pour le déloger du col de sa bouteille en verre. En effet, le liège sèche avec le temps, donc il laisse passer l'air et cela affecte le vin. Et lorsqu'il est de mauvaise qualité, il donne ce fameux goût de bouchon si détestable. Malgré de nombreuses tentatives technologiques, le goût de bouchon perdure et concernerait 3 à 5 % des bouchons vendus dans le monde. Le liège est un produit vivant donc variable, irrégulier en qualité. Et les incendies de forêts affectent la production et la qualité du liège dans le monde.
Avec le bouchon synthétique, on en finit avec ces deux inconvénients. On ne parle plus de bouchonnage. De plus il est recyclable, ne s'effrite pas quand on l'extrait, et on peut ranger les bouteilles dans n'importe quel sens (on installe les bouteilles avec bouchon en liège à l'horizontale pour que le vin touche le bouchon et empêche son desséchement). Il ne donne pas de goût au vin. On ne sait pas encore quel impact il aurait sur son vieillissement. Mais le liège a aussi son côté noir lorsqu'il prend de l'âge, il peut aussi réduire un excellent vin vieux à une piquette infâme.
Alors devant de tels propos si convaincants, pourquoi ai-je tant de tristesse à voir disparaître mon valeureux bouchon en liège ? J'ai le choix entre un superbe cru bouché traditionnel et qui risque de sentir le moisi et ce même nectar, nickel, avec son bouchon synthétique. Est-ce que vieillir c'est aussi renoncer très difficilement à ce qu'on a toujours connu et que l'on pensait indestructible ? J'en arrive à ne plus avoir d'arguments solides pour le défendre, si ce n'est "c'était la tradition et j'y tenais". J'aimais son élasticité, le cérémonial qui entourait le débouchage, le son qu'il émettait lorsqu'on le tirait, est-ce que l'imitation liège produit aussi le même bruit festif ? Je trouve le bouchon plastique plus dur à extraire de la bouteille. Et l'option capsule à vis pour remplacer le bouchon ne me ravit pas du tout.
Pour tirer encore plus sur l'ambulance, je viens de rapporter à la quincaillerie le bouchon… en liège pour le vinaigrier. Acheté le mercredi, rapporté le jeudi, on peut pas faire plus court. Bouchon choisi, mesuré, en très bonne santé, joli liège bien compact, ramené avec précaution à la maison pour ne pas l'abîmer. Une nuit de trempage, puis installation en maxi douceur sur l'orifice du vinaigrier et j'ai deux moitiés de bouchons dans les mains. En plus, elles crachouillent des mini miettes. "C'est le liège, c'est plus ce que c'était", a dit le commerçant en me le changeant Et voilà, je sens que mon joli vinaigrier en terre émaillée aura bientôt un bouchon en "simili liège-version-synthétique" et ça m'embête. La terre émaillée et le liège, deux produits nobles, naturels, qui avaient traversé les temps et les modes. Je les trouvais beaux ensemble, je pensais accepter les changements de la vie, faut croire que non…
79 % des Français interrogés pas sondage Sofres disent préférer une bouteille de vin bouchée avec du liège, mais le bouchon synthétique grignote des parts de marché chaque jour (13 % de bouteilles bouchées avec du plastique, 2 % avec une capsule à vis).
J'aimais bien l'idée de l'association cep de vigne et chêne liège, on restait nature. Marier raisin et pétrole, ça me tente moins…
C'est Don Pérignon qui aurait eu l'idée de boucher le vin avec du liège, à la fin du XVII siècle, en voyant les pèlerins obturer leur gourde avec des morceaux de liège. Auparavant on utilisait des chevilles en bois entourées d'étoupe. Cette référence, même si elle touche plus à la légende qu'à la réalité, je l'aimais bien.
J'accepte quand même l'idée de passer au plastique ou à la capsule pour les vins de consommation courante, bus rapidement. Mais je sais qu'il suffira qu'une génération soit habituée à un autre mode de bouchage pour que le bouchon en liège soit relégué au musée. Le consommateur de demain adoptera rapidement les nouveautés et en appréciera l'aspect pratique, fiable et sécurisé. Et j'ai aussi admis que la présence du liège ne garantit en rien la qualité du vin qui est dans la bouteille. Alors bientôt je prendrai un décapsuleur pour ouvrir un grand cru, et on trouvera les tire-bouchons en vente dans les brocantes, là ça va être dur à avaler… Le prince Charles prend la défense du liège, je sais pas si ça suffira pour que l'on ne n'envoie pas une belle tradition au placard…

Et puis, pour que je ne puisse pas noyer mon chagrin dans un verre de vin, la Commission de Bruxelles va autoriser l'ajout de copeaux de bois dans le vin après fermentation. Les images d'Épinal sont à ranger dans les souvenirs. Un vin élevé en barrique, un chai traditionnel, l'odeur du bois, le tonnelier qui assemble les planches et fixe les cercles. A la télévision, une grande cuve métallique dans laquelle on descend un sac rempli de copeaux de bois, ça décoiffe ! Je cherche maintenant sur les bouteilles la mention "vin élevé en barrique". Pourtant dans l'imaginaire de chacun, la vue d'une bouteille de vin fait référence à une barrique, et c'est l'idée de tradition qui prime sur l'option moderniste.
Dès que le vin sera fait, la technique du sac de copeaux lui donnera l'arôme boisé. Des pays étrangers (les vins du Nouveau Monde) avaient déjà le droit d'utiliser les copeaux car cela revient moins cher que l'achat de barriques et accélère le vieillissement. Traditionnellement le vin prend le tanin du bois de chêne de la barrique neuve, le but recherché est le même avec l'ajout des copeaux. Il n'y a pas de tromperie car sur la bouteille ne figure pas la mention "élevé en barrique". Le vin avec arôme boisé est au goût américain. On va donc gagner du temps, diminuer le coût de production et vendre mieux. Que demander de plus ? Cette perspective me rend encore plus morose et plus passéiste.
Je bois déjà "parkerisé" et ce vin boisé en 2 à 3 semaines (contre 12 à 24 mois dans une barrique) va convenir au marché mondial, est-ce enfin une clé pour atténuer la crise de mévente actuelle en France? Des spécialistes précisent qu'il sera impossible de détecter l'ajout de copeaux lors d'une dégustation à l'aveugle. Les pro-copeaux notent très justement que certains vins élevés en barrique, le sont en fait très peu de temps et que les ajouts au vin sont monnaie courante, diversifiés et pas très appétissants : sucre, levure, arômes artificiels, sirops, la liste est longue... Alors plastifier le bouchon, "copeauiser", standardiser, niveler, obtenir du boisé sans se fatiguer, sans dépenser ni sous, ni énergie, moi, là, je bois le bouillon !
Je rêvais terroir, vieillissement harmonieux, savoir faire longuement réfléchi et ressenti, spécificités, bouquet, rondeur, plaisir, élégance, générosité.
Je me fiais aussi à Pasteur : "Le vin est le breuvage le plus sain et le plus hygiénique qui soit".
Et le très opportun dans la famille : "Un bon verre de vin enlève un écu au médecin !"
Je sens que j'ai le vin mi amer, mi tristounet et qu'en plus, c'est vrai, même " la nostalgie n'est plus ce qu'elle était"…

jeudi 19 octobre 2006

Bout d'Chou, souris et clic

Louise-Anne,
Je suis plongée dans les sites interactifs et les jeux Flash, version Bout d'Chou. Sites pour les" très-tout-petits" et aussi pour les très grands, les très calés, et même ceux qui ont un cursus universitaire maousse- costaud, comme un Papa Nick que tu connais. Je vais me brancher sur cette" interactivité pour bébé" (curieux cette association de termes mais si représentative du moment présent et de l'avancée irrémédiable de la technologie dans le quotidien). Ensuite je coacherai ton Papa Nick, je sais qu'il va adhérer. Lorsque nous avons acheté ton premier jouet "ludo-utilo-pratique", j'ai vu un Papa Nick qui avait retrouvé son âme d'enfant et qui testait avec jubilation les jouets dans les rayons de la "Grande Récré", avec une prédilection pour ceux avec bruitage incorporé ! Alors avec l'initiation aux jeux propulsés par un clic de souris, tu vas avoir rapidement un très vénérable partenaire de jeux !
Je me dis que j'ai vraiment loupé une étape magistrale dans ma formation en informatique, car cette initiation ludique au maniement de la souris, elle m'a manqué. J'ai suivi des cours très sérieux, avec des personnes qui devaient connaître à fond l'informatique pour se positionner sur le marché du travail. Le boulot était intensif, programmé et j'étais sortie de ma première journée complètement hébétée. La souris était vécue comme un objet utilitaire, incontournable, à appréhender dans la seconde, dès le premier jour. Pas d'inventivité, ni de poésie, ni d'utilisation en douceur - on prenait l'objet en main ferme - avait précisé le prof avec autorité et vogue la galère. Ca a vraiment été la galère car je posais mal ma main sur la bestiole, je tremblais, je la tenais avec respect et frayeur du bout des doigts, elle me dominait et je la subissais. J'ai vu le curseur parcourir l'écran en tous sens, virevolter, comme s'il avait la danse de Saint Guy. Un électron libre, totalement frapadingue et qui a même disparu, j'ai jamais compris où il avait pu passer en cette périlleuse première matinée ! L'approche intuitive de la souris, on oublie, je crois que j'y ai pas eu droit !
Louise-Anne, l'ordinateur fait partie intégrante des meubles de ta maison, sa présence t'est familière, tu le vois fonctionner, il ne te fera jamais peur. Il est déjà dans ton univers ludique, et tu vas très vite avoir compris qu'en cliquant sur la souris, tout un monde virtuel va venir à ta rencontre. Maman et Papa seront tout près de toi, c'est un apprentissage que vous allez partager ensemble, ils vont t'accompagner dans tes découvertes et bien tout t'expliquer. Cette présence vigilante des parents permet de gommer les aspects négatifs que soulignent les opposants à l'informatique en bas âge : mauvaise position du corps devant le clavier, matériel non ergonomique pour l'enfant, lumière trop vive, son trop fort, énervement, trop grande place de l'ordinateur dans le rythme de vie. Si je me fie à ce que je lis : "dès un an, les tout-petits peuvent s'initier aux joies de l'informatique grâce à des CD-Rom spécialement conçus pour eux" (voir le très intéressant article "l'enfant et l'ordinateur : des dangers à maîtriser").
Je rajeunis donc en un clic de souris (ça doit être ça le miracle de l'informatique…) et je suis sur la démo du "clavier Miniclick Comfy des tout-petits". Grosses touches colorées, c'est joyeux, pétillant, plein de vie, de personnages, de musique avec même des touches météo. Super graphisme, simple d'utilisation, du ludique tactile qui va générer du vocabulaire et éveiller sans ennuyer. Détail pratique très important, ça m'a l'air très solide, méga robuste. On doit pouvoir secouer clavier et souris, ça paraît étudié pour résister. Indispensable pour la paix dans les familles. En bas âge, faut que ce soit béton côté résistance aux chocs et aux manip musclées de Bout d'Choux qui n'ont pas encore intégré le sens de la nuance. J'ai utilisé les touches qui clignotent, écouté les aboiements du chien, la sonnerie du téléphone, vu la lune qui baille sous son bonnet de nuit… Une retombée en très petite enfance, un moment d'émerveillement, un super lâcher prise après une journée fatigante. Comment retrouver entrain et optimisme ? Un petit coup de clavier Miniclick et ça repart ! J'espère que la barre Mars va me pardonner mon plagiat !
Berchet (j'aime beaucoup leurs produits) propose aussi Le clavier des bébés Petit Ours Brun". La finalité reste identique : familiariser le Bout d'Chou avec les outils informatiques et favoriser son éveil. Je note aussi que Berchet souligne l'existence des fonctions "options de contrôle parental pour limiter la durée du jeu, contrôler l'accès à la navigation, empêcher l'accès de bébé sur le disque dur des parents".
Et puis " le Cédé des bébés" dès 12 mois. Le programme, c'est du sérieux : se familiariser avec les touches du clavier – interaction clavier/écran – puis maniement de la souris. Là aussi, contrôle parental.
Tu vas apprendre à jouer avec l'ordinateur, à utiliser le clavier, à bouger la souris et ce sera un vrai moment de liberté, assise bien confortablement sur les genoux de Maman ou de Papa. Grand moment d'échange entre vous. Tu vas aussi visualiser, en t'amusant, le plan vertical, le plan horizontal, le haut, le bas. Et puis dessiner, colorier, communiquer, écouter de la musique, et appréhender du langage. J'imagine : toi tu es à la manip, maman conseille, félicite, Papa écoute, guide et je t'entends même discuter avec les sons qui sont tiens maintenant.

Je suis juste réticente lorsqu'on prévoit "de viser une population au plus près du berceau". Je voudrais penser qu'on ne parle là que de l'éveil des bambins, mais je ne vais pas faire d'angélisme bon marché. Je sais bien qu'autour des bébés, des enfants existe une multitude de produits pour aiguiser leur appétit de consommation ainsi que celui de leurs parents. Créer sans cesse de nouveaux besoins, mettre sur le marché des produits inédits, accélérer le processus pour que tout soit très vite obsolète donc inutile et inutilisable. Voir les bébés comme une cible qui va rapporter gros, ça décape un peu, c'est réaliste brut de décoffrage, on est en plein dans la part de marché juteuse, mais c'est ainsi. Les produits actuels sont de très bonne facture, intéressants et performants, il ne faudrait pas que la course au profit modifie cet état de fait. Le rôle des parents sera, sur ce point particulier, primordial. Ce sont eux qui attesteront ou non de la fiabilité des productions informatiques pour leur toute petite progéniture.
Indispensable et irremplaçable aussi cette présence parentale pour une initiation à l'informatique "dès le berceau" (j'ai un peu de mal à associer berceau et informatique...) afin de bien limiter la part de l'informatique dans la vie d'un tout petit. Préserver le temps du jeu tout simple, le contact avec les autres enfants, la promenade, le dessin, le coloriage, les contes et comptines et surtout le rêve avec des moments libres où rien n'est programmé. Lire "l'ordinateur et l'enfant : quelle place avant trois ans ?"

L'ordinateur est un outil indispensable maintenant, cet apprentissage précoce va-t-il être un facteur d'égalité entre les enfants et leur donner des chances identiques et les mêmes possibilités d'éveil ? Est-ce trop tôt dans la vie d'un Bout d'Chou ? Cela va-t-il accroître les inégalités ? Difficile à dire puisqu'il n'y a pas de recul actuellement. Louise-Anne, tu seras, avec les enfants de ta génération, détentrice de la réponse.

mercredi 11 octobre 2006

"Les derniers Hitler"

J'avais été très impressionnée par le film "La Chute" et la représentation d'Hitler au cinéma m'avait marquée. Je m'étais alors demandé comment les membres de sa famille, avec le même nom honni, avaient pu continuer leur vie. Une information, passée rapidement à la télévision, mentionnait les fils de William Patrick Hitler et levait un pan du voile. J'ai voulu en savoir davantage. Ma recherche ne concerne pas les horreurs perpétrées par le Führer. Elle porte sur le poids d'un nom de famille entré sinistrement dans l'Histoire, sur des individus restés anonymes et obscurs.

En 1882, le père d'Hitler, Alois, eut un fils illégitime, aussi appelé Alois. Puis une fille légitime, Angela en 1884. Alois et Angela ont la même mère, la seconde épouse d'Alois père.
Il épousa ensuite Klara Poelzl en 1885 et eut six enfants, seuls Adolf et sa sœur Paula survécurent. Au sujet de ces décès, on a parlé du problème de la consanguinité dans la famille.
Paula, à la demande se son frère, passa la plus grande partie de sa vie sous le nom de Wolf ou Wolff (c'est-à-dire le Loup, le surnom d'Hitler) et n'eut ni mari, ni enfant. Elle mourut en 1960. Certains la décrivent un peu diminuée mentalement.
Adolf n'eut pas d'enfants avec Eva Braun, épousée la veille de son suicide en 1945.
Angela, la demi-sœur, eut trois enfants. Un fils Léo, une fille Géli "pour laquelle Adolf semble avoir éprouvé une tendresse amoureuse possessive et passionnée et qui se suicida en 1931 à 23 ans" (http://fr wikipedia.org/wiki/alois_Hitler) et une dernière fille Elfriede. Léo et Elfriede ont des descendants en Autriche et en Allemagne. Angela est la seule parente mentionnée dans "Mein Kampf".
Durant sa vie, Hitler resta très réservé sur sa famille. Il donna peu d'informations dans "Mein Kampf" et repoussa les parents qui voulaient l'approcher. On a dit que cette obsession du secret était une façon de susciter de l'intérêt pour sa personne, mais aussi qu'il pouvait y avoir des secrets qu'il ne souhaitait pas que l'on découvre (il ignorait qui était son grand-père paternel, et qu'il aurait pu être juif autrichien).
En 1909, le demi-frère d'Adolf, Alois Junior, était serveur dans un hôtel de Dublin. Il se maria avec une jeune fille irlandaise en 1910 et son fils William Patrick Hitler naquit en 1911. En 1915, le père quitta sa famille dont il ne s'occupa plus et partit en Allemagne. William Patrick fut élevé par sa mère.
William Patrick travaillait dans une librairie à Londres. Lorsque son oncle arriva au pouvoir, il s'attendait à ce qu'il s'occupe de la famille. Il quitta son travail en 1933 et partit pour l'Allemagne. "Uncle Adolf" n'avait aucune envie de l'avoir près de lui et lui trouva de petits boulots dans une banque puis chez Opel.
Des rumeurs disent que William Patrick aurait tenté de tirer avantage de son oncle en utilisant le chantage. Il lui envoya une lettre, y parlait de "very odd circumstances in our family history" et soulevait la possibilité du grand-père juif. William Patrick était très déçu que "Uncle Adolf" n'utilise pas son influence pour lui obtenir un poste honorable. Malgré tout, il essayait de tirer de sa parenté tous les avantages sociaux possibles. Pour Hitler, il était "one of my most repulsive relatives", et "my loathsome nephew". Hitler, toujours très discret sur ses origines, lui aurait donné de l'argent.
Dans un article au Daily Express du 22 novembre 1937, il proclame "I am the only legal descendant of' the Hitler family".
En 1938 Hitler demanda à son neveu de renoncer à sa nationalité britannique en échange d'un très haut poste. Le neveu craignit un piège, prit peur et rentra à Londres. Il y écrivit un article dans Look magazine "Why I hate my uncle". A partir de ce jour, il gardera cette ligne de conduite.
William Patrick serait parti, en 1939, pour les Etats-Unis. Il y fait des conférences à l'invitation de William Randolph Hearst. Il parle de la folie de son oncle et du décès de Géli. Sa mère essaya de prendre contact avec le Führer en écrivant "My brother-in-law Adolf" en 1939. Elle était alors installée aux Etats-Unis avec William Patrick. Le livre ne fut jamais ni terminé, ni publié.
En 1944, il joint la US Navy qu'il quitte en 1947.
Après la guerre, toute la vérité sur Hitler est révélée et garder ce nom de famille est impossible. Il changera alors plusieurs fois de nom, puis gardera finalement William Stuart-Hilton (ce nom se rapproche curieusement de celui d'un célèbre idéologue anti-sémite Houston-Stewart Chamberlain).
Houston Stewart Chamberlain (1855-1927)
Pour Chamberlain, "il fallait se délivrer du "joug sémitique"" (Fondements du XIXe siècle, 1899). Anglais, fasciné par l'Allemagne dont il prend la nationalité, gendre de Richard Wagner, il est l'inspirateur des théories du nazisme. La pureté du sang germanique représente l'objet essentiel de sa théorie. La race est inscrite dans la conscience et c'est donc à partir de critères moraux que se révèle l'appartenance à la race. Il estime qu'une "discipline de la race" peut, par sélection, tendre à la reconstruction d'une "race noble". Les Juifs formeraient une race coupable d'un crime de "lèse-sang". Mêlant race et religion, Chamberlain fait du Christ un Aryen "qui n'avait pas dans ses veines une seule goutte de sang juif". Seuls les Germains sont dignes de la parole de Jésus. Aussi faut-il débarrasser le christianisme de ses "oripeaux étrangers pour créer une religion adaptée à l'essence de notre type germanique" .
(http://www.anti-rev.org/textes/Tarnero95a/histoires-5.html)
Il se maria, eut quatre enfants, trois vivent encore (Howard mourut dans un accident de voiture en 1989, il n'avait pas d'enfants). Il vécut donc avec sa famille, dans l'anonymat le plus complet, à Long Island (New York). Il est mort en 1987.
Un livre traite ce sujet : David Gardner "The last of the Hitlers", publié en janvier 2000.
Sa tombe ne porte que son prénom (et celui de sa mère enterrée à ses côtés) pour qu'elle ne devienne pas un lieu de pèlerinage pour les néo-nazis. Ses trois enfants (leur mère est décédée en 2005) évitent toute publicité, vivent simplement, sont Américains et vivent comme des Américains moyens.
Les trois fils de William Patrick, Alexander Adolf (né en 1949), Louis (né en 1951), Brian (né en 1965) auraient décidé de mettre fin à la lignée en n'ayant pas de descendance. On a parlé de pacte passé entre eux. Les avis divergent. Il n'y aurait pas eu de pacte mais une discussion dont l'issue aurait été de ne pas se marier et de ne pas avoir d'enfants. David Gardner dans un article du Sunday Times (18 octobre 1998) émet l'hypothèse que la présence d'une mère dominatrice et protectrice expliquerait le célibat des trois fils.
En public, William Patrick combattait les théories de son oncle. Comment expliquer alors le second prénom Adolf donné à son fils aîné et le choix de son nom d'emprunt : Stuart-Hilton ?
J'ai été très intéressée, sur un plan historique, par la découverte de ces vies. Je suis nettement moins concernée par un aspect "people" que je ressens à la lecture d'articles, façon scoop (le pacte ?), sur les enfants de William Patrick. S'en tenir à la réalité historique, éviter le sensationnel et laisser le silence s'installer de nouveau. Sur la tombe de William Patrick, ces quelques mots : "Rest in peace".

mercredi 4 octobre 2006

Voir rouge avec les déchets verts

Je viens de réaliser que jardiner, donc générer des déchets verts lorsqu'on habite en ville n'est pas fait pour vous agrémenter la vie. J'ai, de plus, la douce impression que les personnes qui gèrent ce problème sont en majorité de purs citadins et qu'ils n'ont pas mis un orteil dans un jardin depuis belle lurette.
Dans ma ville, un organisme s'occupe de la collecte des différents déchets produits chaque jour. Organisation très classique : lundi - journaux, papiers, bouteilles et emballages plastiques. Vendredi : déchets ménagers biodégradables. Mercredi : ce que l'on n'a pas pu évacuer les jours précédents. Depuis très longtemps, je trie mes déchets, j'essaie de polluer le moins possible, donc toute démarche visant à responsabiliser le citoyen et à retraiter les déchets, a toute ma sympathie et mon grand soutien.
La théorie tient la route, la pratique boite très vite. En ville, garder ses déchets ménagers biodégradables toute une semaine à la maison, du jeudi soir au jeudi soir suivant, n'est pas un cadeau. Côté hygiène, on a la sensation très nette de régresser et l'été, par forte chaleur, nos sacs poubelles marchent tout seuls et sont vraiment très persistants sur le plan olfactif. J'ai une pensée émue pour ceux qui sont en appartement avec ces mêmes sacs dont il est difficile d'ignorer la présence odorante. On se retrouve ainsi avec des emballages gonflés, dégoulinants, posés à même le trottoir, avant la date fatidique, pour cause de week-ends ou d'incompatibilité d'humeur.
Bien sûr, on a recyclé mais on s'est compliqué l'existence et on a cohabité avec un locataire pas très engageant et qui nous a pourri la vie, au sens propre (hum !) du terme.
J'ose à peine préciser que la poche biodégradable elle aussi, fournie pour stocker les déchets ménagers, cette poche blanc opaque, toute mignonne à première vue … elle fuit, je m'explique, elle ne part pas… hélas… c'est plus prosaïque, elle a des fuites, donc elle se répand et c'est pas sympa du tout. En allant chercher ma réserve de poches, j'ai soulevé le problème : "avoir des poches poubelles recyclables discrètes qui gardent leur contenu pour elles". Comment se fait-il que leur concepteur ne s'en soit pas aperçu tout seul, c'est très basique comme constatation ou alors la personne qui les a mises au point ne s'en servait jamais pour son usage personnel ? La dame préposée à la distribution n'a pas été déstabilisée, preuve que je n'étais pas le première à soulever le problème : " C'est pas grave, madame, vous mettez deux poches l'une dans l'autre, ça va limiter" ! Parfois, je suis partagée entre un fou rire incompressible devant l'absurdité de la situation et un abrutissement complet associé à un mal au crâne coton. Cette conversation a définitivement confirmé ma première impression alarmiste : recycler, ça allait compliquer grave le quotidien !
La vie suivait son cours, on s'habitue. Je recyclais, tu recyclais aussi, lui itou, chacun y allait de son effort pour le bien collectif. Jusqu'à ce mercredi où un employé de la société de collecte a refusé tout net d'emmener les déchets verts "non compostables" générés par le jardin. La tolérance, c'est maintenant deux misérables sacs de 50 litres de déchets ménagers, et pas lourds, a-t-il précisé, en plus de la poubelle plastique homologuée. Le ciel s'écroulait dans les plates-bandes !
La mairie reconnaît qu'il y a un vrai problème, que la société de collecte est intransigeante sur ce point et qu'elle ne ramasse plus de déchets verts désormais.
La société incriminée explique posément qu'elle respecte la loi Voynet et ne s'occupe que des déchets ménagers "enfouissables". "C'est vrai, il y là un vrai problème", (tiens, j'ai déjà entendu ça quelque part… )," mais c'est du ressort de la Mairie. C'est à elle de collecter les déchets verts de ses administrés".
Il existe maintenant une déchetterie qui transforme les déchets verts, à chacun de prendre sa petite auto, d'y installer ses sacs perso et de se les transporter, tout seul, comme un grand écolo responsable. Comment se sentir comme une misérable balle de ping-pong prise entre deux raquettes simili-bio et que l'on expédie d'un bord et de l'autre…
Que fait-on lorsqu'on n'a pas de véhicule, ou qu'on est âgé, malade, handicapé ou pas coulé dans le moule souhaité par la norme ? On stocke dans son jardin, on laisse tout sur le trottoir, on fait des décharges sauvages dans un fond de rue sombre, on va demander ce service à son voisin (une fois, c'est plausible, chaque semaine, ça va être galère), on laisse son jardin à l'abandon ou on déménage illico dans un appartement sans terrasse ni balcon ?
Devant les protestations qui s'accentuent, la mairie propose un service de ramassage pour ceux qui ne peuvent se déplacer, mais il faut appeler chaque fois le service de l'environnement.
C'est tout bon, je suis hébétée, la tête est saturée et j'ai l'impression que ma conception de l'écologie a un pied dans la tombe.

  • Je croyais que le "tout-voiture" était à proscrire dans un avenir proche.
  • J'étais sûre qu'il fallait privilégier la nature, les espaces verts, les jardins en ville.
  • Je pensais que la population vieillissait et qu'il fallait en tenir compte.
  • J'étais persuadée que le traitement de tous les déchets verts était une priorité et qu'il était urgent de valoriser ce retraitement.
  • Il me semblait que demander à chacun de prendre sa voiture pour un court trajet était onéreux et pas terrible pour l'environnement…
  • "M'enfin", (dirait mon copain Gaston Lagaffe), des mairies ont déjà en application un système de ramassage des déchets verts, chez les particuliers, dans des sacs prévus à cet effet et ça marche !

Parmi les remarques entendues :

  • "Vous les compostez, vos déchets, ainsi le problème est résolu"… Vais-je avoir l'impolitesse de préciser à un non-initié au jardinage que tout n'est pas "compostable" ?
  • "Bon, vous m'appelez quand vous en avez à évacuer et la mairie viendra les enlever"… Comment expliquer qu'un grand jardin produit quotidiennement des déchets verts non "compostables", donc que le problème n'est pas ponctuel mais permanent, au minimum, une fois par semaine ?
  • "Vous en brûlez une partie" : là, y'a erreur. C'est interdit en ville !

Got a problem ? I've solutions : interdiction formelle d'habiter dans une maison si elle a le moindre bout de terrain planté, suppression immédiate de tous les jardins, et obligation incontournable d'avoir au minimum une voiture par habitant… Help !

mercredi 27 septembre 2006

Respect paid to Sarah and Nina

J'ai toujours aimé Sarah Vaughan. Régulièrement je rencontre une de ses chansons, sa voix à la tessiture exceptionnelle me fascine et m'émeut toujours autant. Un programme radio en fond sonore et toujours pareil, soudain des sons qui bougent et qui font entrer lumière et gaieté. Un titre jamais entendu et pourtant, je pensais bien connaître Sarah Vaughan : "Love and Passion" en duo avec Milton Nascimento (un des musiciens les plus reconnus au Brésil et à travers le monde) tiré du CD "Sarah Vaughan - Brazilian Romance". Exubérance des couleurs et des motifs sur la jaquette et explosion de rythmes qu'un timbre audacieux et passionné fait vibrer. On part au Brésil en une seconde, la voix, la musique, les arrangements en font un "very best for ever". Ce fut son dernier enregistrement, trois ans avant sa mort, en 1987, il est d'une modernité éblouissante.www.cduniverse.com.

"Brazilian Romance, a fine swansong to an excellent career" (www.soulwaking.co.uk).

Son interprétation est comme toujours audacieuse, envoûtante, elle module les sons à sa façon et je me suis rendue compte qu'il n'était pas aisé de fredonner sa chanson ensuite. Elle est vraiment habitée par la musique brésilienne, elle raconte la vie, l'amour, la passion, les fêlures, les drames. Sarah, elle a le sens du swing, elle sait interpréter, c'est une des plus grandes solistes.
"Elle est souvent considérée, avec Ella Fitzgerald et Billie Holiday, comme l'une des trois plus grandes chanteuses de jazz" (Wikipédia).
On l'appelait "The Divine One" et pour moi, elle est la plus grande chanteuse de ce nouveau jazz né au début des années 40, le be-bop. Toujours entourée d'excellents musiciens, à l'écoute d'autres influences musicales, elle est une sublime chanteuse de jazz, une pianiste magique et elle me fait penser à une diva d'opéra. Elle passait avec le même brio d'une formation de jazz à un orchestre symphonique. La voix est puissante, fluide, souple, habitée, elle a le don de l'improvisation. Ella Fitzgerald l'appelait : "the world's greatest singing talent". En près de 50 ans de carrière, elle fut et elle reste incomparée. Je suis toujours très émue lorsqu'elle chante des ballades.
J'adore : "Someone to watch over me"," Misty, Whatever Lola wants, Lola gets", "Smoke gets in your eyes", "I've got my love to keep me warm", "Lullaby of birdland", "Fly me to the moon", "I'm gonna live until I die" …"
Et puis, backstage, cette exubérance, ce trop plein de dons, ce talent hors norme qui semblent aller souvent de pair avec une vie trop agitée. Des producteurs pas toujours à la hauteur, certains furent ses maris, trois unions ratées, des difficultés financières, des voyages, des nuits entières passées à chanter, les cigarettes, l'alcool et la cocaïne. Elle a toujours travaillé très dur. L'ironie grinçante de la fin : elle a été emportée par un cancer aux poumons à 66 ans. Je suis toujours interpellée par la confrontation entre les strass de la vie publique et la douleur, le côté sombre de la partie privée.

Quelques jours après avoir écouté Sarah Vaugham, une émission sur Arte et la voix de Nina Simone sur un texte que je n'ai jamais entendu. C'est superbe, déchirant, magnifiquement interprété, je reste immobile, scotchée sur ma chaise, je suis soufflée. C'est "Four Women", le portrait saisissant de quatre femmes noires, l'esclave, la mulâtre, la dévergondée et la militante en colère. Et qui sera jugé "insultant pour la société noire". Je fixe le visage de Nina Simone, impossible de lâcher l'intensité de son regard. Je la savais belle, elle est sublime.
Nina Simone c'est une nature, une femme hors du commun. Enfant prodige au piano, sa peau noire lui ferma la voix royale de la musique classique. Elle fit alors le choix du jazz, "cette musique du diable" que sa mère, pasteur, détestait et pris le nom de Simone en l'honneur de Simone Signoret. Elle a milité avec Martin Luther King et Malcom X. C'est aussi une des plus grandes chanteuses noires de jazz et une diva extravagante à la voix inimitable, puissante, grave, profonde, terriblement émouvante. Elle module des sons rauques, fait naître un trouble doux-amer, s'arrête, murmure à peine, monte en puissance, s'emporte, s'adoucit à l'extrême. Son interprétation est imprévisible, son piano la porte, ses gestes la transportent, elle magnifie tout ce qu'elle chante, du blues au classique.
Il y a d'abord eu sa version de "Ne me quitte pas " de Brel, c'est ainsi que je l'ai connue. Puis j'ai aimé : "My baby just cares for me"," I put a spell on you", la reprise de "My Way", "Don't let me misunderstood", "Work song", "Love me or leave me"," I'm going back home", "Home of the rising sun" (des Bee Gees) …
Backstage, une vie de souffrance et d'errance, une quête éperdu de l'amour et du bonheur, une femme utilisée, souvent à terre mais jamais résignée. C'est une écorchée vive, on l'a dit "atteinte de troubles bipolaires, avec une alternance entre joie et violence". Elle est excessive, capricieuse, avec un caractère invivable, une agressivité et une révolte ingérables, il y a eu tant de blessures, de déceptions, d'amour gâché. Elle aussi a beaucoup travaillé, aimé, souffert d'être exploitée et d'avoir trop combattu pour la cause noire. Elle aussi connaîtra les abus de l'alcool, la drogue, le manque d'argent, une carrière irrégulière, la grande solitude. Elle apparaîtra une dernière fois en 2002, s'éteindra en France en 2003 et demandera que ses cendres soient dispersées dans plusieurs pays africains.

Nina , "la Grande Prêtresse de la Soul" qui disait "J'écoute de la musique classique et j'utilise des rythmes africains" et "J'ai toujours subi, je n'ai jamais rien choisi".je n'ai jamais rien choisi"www.nathanielturner.com

Sarah, Nina, est-il vrai que lorsqu'on s'approche trop près de la perfection des Dieux, leur vengeance est terrible ? J'aime infiniment vos deux voix …



Four Women



My skin is black
My arms are long
My hair is woolly
My back is strong
Strong enough to take the pain
inflicted again and again
What do they call me
My name is AUNT SARAH
My name is Aunt Sarah

My skin is yellow
My hair is long
Between two worlds
I do belong
My father was rich and white
He forced my mother late one night
What do they call me
My name is SAFFRONIA
My name is Saffronia

My skin is tan
My hair is fine
My hips invite you
my mouth like wine
Whose little girl am I?
Anyone who has money to buy
What do they call me
My name is SWEET THING
My name is Sweet Thing

My skin is brown
my manner is tough
I'll kill the first mother I see
my life has been too rough
I'm awfully bitter these days
because my parents were slaves
What do they call me
My name is PEACHES
"Four Women" written by Nina Simone in 1966
http://www.nathanielturner.com/rememberingnina2.htm
Un extrait de "Four Women" (12) sur ce site.

vendredi 22 septembre 2006

Douceur de vivre en Dordogne

Passer de Gironde en Dordogne, c'est changer d'air, de verdure et de façon de vivre. Il suffit de 150 km pour avoir l'impression de se trouver très loin de son environnement. Je comprends pourquoi beaucoup d'étrangers ont choisi d'y passer leurs vacances et par la suite de s'y installer définitivement. Je restais sur l'impression que c'était en majorité les Britanniques qui avaient été charmés par ce coin de France. Mais on y entend beaucoup de langues étrangères, parfois nous avons été les seuls à parler français, à rouler immatriculés en France. Il y a eu bien des articles sur l'engouement de nos voisins d'Outre Manche pour le Périgord, certains à décharge, d'autres à charge. Ils ont merveilleusement restauré des maisons en ruine dont les propriétaires français ne s'occupaient plus, ils protègent le patrimoine et font marcher l'économie. Mais certains ne s'intègrent pas, ne parlent pas français et ont fait grimper les prix de l'immobilier et de la vie quotidienne, (les Périgourdins se feraient construire des maisons neuves car l'ancien ne leur serait plus accessible financièrement). Je reconnais que, pour préserver son moral, il est prudent d'arrêter la lecture des annonces immobilières avant l'énoncé du prix ... ça coupe le souffle ! Mais je ne souhaite pas prendre partie, moi aussi je suis touriste et étrangère à ce département.

J'ai admiré la beauté des pierres. L'habitat est très dispersé et c'est merveilleux de contempler ce paysage vallonné, avec ses forêts entrecoupées de cultures. Il en ressort une multitude de tons verts qui s'entrelacent, interrompus par l'élégance d'un pigeonnier qui s'élève, la courbe gracieuse d'un toit de ferme qui plonge vers le sol. L'harmonie entre les murs, les tuiles, les arrondis des ouvertures semble toute naturelle. J'ai été passionnée par les toitures et la présence au-dessus des fenêtres des maisons bourgeoises, de superbes frontons sculptés en forme de coquilles Saint Jacques, c'est la route vers Compostelle et les abbayes se succèdent. J'ai sillonné les routes autour de Saint Alvère : en Périgord, il n'y a pas besoin d'aller très loin pour faire des découvertes, tout est là, dans un rayon d'une vingtaine de km autour de son logis, où que l'on soit. Il y a tant à découvrir qu'une semaine ne suffit pas. Aller au marché, suivre le cours des rivières, admirer la vue depuis le cingle de Trémolat et celui de Limeuil, se ressourcer dans les églises, descendre dans les gouffres, rêver parmi les pierres qui ont traversé les siècles …

Chacun de mes passages dans un édifice religieux est marqué, lorsque je le peux, par l'achat d'un cierge que j'allume lentement. J'aime le symbole de la flamme qui maintient vivant le souvenir de ceux que l'on a aimés et que l'on espère désormais en paix et heureux. Trouver un cierge est souvent pittoresque. Parfois il reste une pancarte mais plus de "munitions", ou le dernier cierge s'est éteint et il n'y a pas trace d'allumettes. Cette fois-ci, des spécificités encore inconnues sont venues s'ajouter à mes expériences passées. Petite réserve de cierge, un long plateau avec des piques pour les y fixer et le fond du plateau entièrement recouvert de papier alu pour le protéger de la cire, comme le ferait une ménagère dans sa cuisine. Autre église avec un pot de confiture simplement posé dans une magnifique niche ancienne pour recueillir l'argent des cierges. Et puis le must - tronc scellé dans un pilier avec cette inscription très visible: "tronc sous surveillance vidéo".
Certaines églises se partagent entre culte catholique et culte anglican. Sainte Catherine à Limeuil est ainsi anglicane le dimanche à 10h 30. A l'intérieur, un feuillet explique en anglais et très précisément la répartition des tâches ménagères pour que l'édifice soit impeccable, avec cette petite annotation : "Warning ! Some statues are not well balanced" ! Un autre alinéa demandait à chacun d'arriver avec ses ustensiles de ménage personnels … Dans la majestueuse église de Cadouin, alors que chacun admire, le nez en l'air, la trace des joints en relief qui encadre chaque pierre, un couple de touristes seniors, bien français, entre comme au supermarché avec un tonitruant : "T'as bien pensé à acheter le pain, on en a plus" ! J'ai souvent noté le peu de respect qu'inspirent maintenant les édifices religieux, ils font partie du circuit touristique, on y entre en continuant la conversation, parfois le tour en est rapidement fait tout en discutant bien fort, l'intérêt est nul, quelle différence avec les vrais amoureux de cette partie du patrimoine. Je comprends aussi les regards agacés lancés par les fidèles dont le recueillement est bien ébranlé par le débarquement de visiteurs sonores et indifférents.

Suivre les petites routes est un régal, la circulation est paisible en septembre, les châtaigniers préparent leurs fruits, ça sent les champignons. Derrière notre maison, un grand bois de chênes, une source et les premiers champignons qui apparaissent en une nuit, il a beaucoup plu et la chaleur revient en force. Certains nous sont inconnus, ils sont superbes sous les chênes et les fougères, l'odeur d'humus est pénétrante, les branches filtrent les rayons du soleil, quelle paix ! Une silhouette familière apparaît : la forme d'un cèpe, la couleur d'un cèpe, le parfum, tout y est ! La fierté et aussi le doute aussi de se tromper avec un aliment qui ne pardonne pas l'erreur. Le boulanger de Limeuil a rapidement réduit notre orgueil et nos espoirs à néant avec un : "C'est le champignon pour les belles-mères, c'est le bolet de Satan" ! Le lendemain nous achetions un magazine sur les champignons, la forte chaleur s'installait, quelques rares cèpes un peu grignotés se voyaient sur les étals, leur prix coupait toute envie de les cuisiner et les bolets diaboliques de la forêt ont vite séché sur place.
Au centre de Vergt, un hôtel restaurant propose "l'Omelette du Curé" : omelette avec cèpes et foie gras. Je ne sais pas comment on la digère mais c'est inscrit dans "les prochains restaurants à visiter".
Autre découverte non encore testée : la confiture de noix vertes dont je n'avais jamais entendu parler.
Et dans les délices :

  • un pain aux noix superbe à Saint Alvère (le pain aux noix peut se révéler très indigeste lorsque les noix sont de mauvaise qualité et la pâte trop lourde, l'alchimie des deux est rarement réussie).
  • des fromages locaux somptueux (vache et chèvre-"le Crémouille, le Vachouille, le Fétouille, l'Ailou", les noms sont déjà irrésistibles - fromagerie le P'tit Jean de Mai à Audrix).
  • du miel de châtaignier.
  • des côtelettes de sangliers (cuisson très rapide comme de l'agneau, viande très goûteuse- Elevage de Mortemart-24260 Le Bugue).
  • les tresses d'ail blanc ou d'ail violet, les sacs d'oignons jaunes sublimes, d'une douceur fondante que je n'avais pas rencontrée depuis les oignons du Tchad.
  • le fricandeau de porc doré au four et à la vieille prune de chez Valette (un vrai pâté, avec des morceaux, comme autrefois).
  • le saucisson sec maison (bordeaux très foncé, sans graisse, sec à cœur, délicieux, du boucher charcutier de Vergt (maison Pasquet – place de la Halle).
  • et une merveilleuse moutarde aux noix du Moulin de la Tour.

Petit régal avec de bons produits du cru : une tartine de pain grillé bien chaud, la frotter avec une gousse d'ail, installer sur le dessus de fines tranches de tomate Cœur de Bœuf ou Noire de Crimée, saler, un filet d'huile de noix (ou d'olive), terminer par de fines tranches de jambon de pays.
Surtout ne pas aller en Périgord si l'on tient à sa ligne où si l'on a commencé un régime. L'air est vivifiant, marcher donne de l'appétit, ignorer la gastronomie et le terroir du lieu est une grave offense et un vrai pécher.

Déception permanente, hélas, … le vin trouvé en vente au hasard des promenades … Trop jeune, mal vinifié, trop de tanin, des moelleux qui vous assomment tout net, des rouges acides qui flanquent mal au crâne. Et la présence de ce souffre en fin de vinification pour stabiliser le vin, quelle catastrophe ! Déception aussi dans les vins bio, ce qui renforce ma conviction que bio ne veut pas toujours dire bon. Dans ce mini désastre, un petit cadeau du ciel, inespéré, goûté au marché du Bugue, puis ramené à la maison pour un test plus approfondi : un blanc "Clos du Maine-Chevalier " (24560 Plaisance) - 2005 - Bergerac moelleux " élaboré à partir de sauvignon, ce vin est légèrement doux et fruité, à réserver à l'apéritif et au dessert". Une combinaison délicate, très rare, une merveilleuse douceur très légère, très parfumée, excellent également avec le foie gras de chez Valette.

J'avais oublié ce qu'était la ruralité profonde. Je n'avais pas revu d'ensilage depuis bien longtemps, ni de séchoir à tabac avec les auvents ouverts pour que les longues feuilles en suspensions bien rangées, vieillissent doucement. Et puis ses bonjours échangés dès que l'on rencontre quelqu'un, ça existait donc toujours ?
La Dordogne semble avoir réussi un subtil équilibre entre sa conservation du terroir et son ouverture vers le monde, le résultat en est précieux, il faut veiller à le préserver pour que le Périgord garde sa belle âme et sa douceur de vivre.