mercredi 20 décembre 2006
Iaorana I Te Matahiti Api
Par amatxi, mercredi 20 décembre 2006 à 03:34 :: General
Les premiers vœux polynésiens sont arrivés avec cette carte très particulière mais si parlante lorsqu'on a vécu au fenua. 
A l'arrière, les fleurs de frangipanier, mois d'août du calendrier 2007 "Fleurs de Tahiti" (copyrighted, produced and distributed by Pacific Promotion).
L'image traditionnelle, le cliché accroche-touriste-en-mal-d'exotisme-facile, c'est grand soleil, sable doré, vahine jeune et super belle avec tiare sur l'oreille droite (très important, à droite, la vahine est célibataire…), lagon bleu qui fait mal aux yeux, cocotier languissant et pirogue à balancier et qui ne coule jamais. Voilà l'image classique, le cliché qui fait fantasmer et vendre. On ne va pas casser bêtement un objet du désir et montrer des jours de pluie violente, des dames encore jeunes mais qui ont beaucoup grossi, des plages de sables volcaniques, très noirs, la pollution du lagon, la maladie des cocotiers et la chaleur trop moite.
Je te regarde, Tamahine, et tu m'émeus beaucoup parce que tu as le visage tristounet, un peu bougon, que tu te caches sous ton buisson de tiare et qu'avec tes deux pieds bien campés en première ligne, tu ne poses pas façon pin-up, en danseuse de tamoure pour un magazine.
Je vais te parler un long moment, alors il te faut un prénom, un vrai prénom de ton pays, je vais t'appeler "Marau", comme la dernière reine de Tahiti et parce qu'une petite Marau a aussi fait partie de mon existence, là-bas aux Australes, on va ainsi éviter de tomber dans les prénoms américains très fun et te donner du Britney, Jennifer, Allison, Kylie ou Diana.
Que regardes-tu, Marau, et pourquoi ton visage est-il aussi fermé ? Tu es peut-être simplement fiu, donc très mélancolique même lorsqu'il fait aussi beau et que l'eau du lagon s'émeraude au fil des heures. Ce spleen très polynésien t'a prise tout d'un coup, sans raison particulière, c'est ainsi au fenua et il s'en ira de lui-même comme il est venu. Mais lorsqu'il s'installe, on n'a plus envie de rien et la vie devient très pesante. On peut être très triste au Pays de la Perle Noire, s'ennuyer beaucoup, trouver sa terre trop circulaire et trop étroite et ne plus avoir de désirs.
Est-ce ton île qui te pose problème ? Saturée d'influences étrangères, de copier-coller de l'American way of life, tu ne sais plus très bien où est ton âme ma'ohi. Tu manges plus souvent comme aux States que comme chez tes grands-parents dans les îles, tu as oublié le goût de l'eau qui coule en cascade de la montagne et tu avales du coca toute la journée. Pas la peine de manger du poisson frais puisqu'il y en a du tout congelé ou tout en boîte au magasin. Tu connais bien le goût des pommes Golden mais tu as oublié le parfum suave de la mangue non greffée, des avocats et des corrossols qui tombent à terre et qu'on ne ramasse plus. Tu sais qu'il te faudrait défendre ta culture, apprendre à danser de manière traditionnelle, tresser le pandanus et la fibre de coco, maintenir les traditions culinaires, connaître l'histoire de ton île et celle de ta famille, ton passé est ta richesse, sans lui tu serais bancale. L'esprit, le Mana, a veillé sur tes ancêtres et les a guidés, demande lui son aide pour retrouver tes vrais racines, pas celles que le tourisme enjolive et dénature.
Peut-être es-tu "Demi", comme on dit, tu es alors la jolie résultante de plusieurs cultures dont les particularismes se noient dans l'uniformatisation galopante d'un monde qui t'ignore et tu te cherches sans vraiment te trouver.
Est-ce ton fare que tu vois au loin, et tu ne le trouves pas bien joli, ni bien confortable, tu souhaiterais une de ces grandes maisons si luxueuses que tu vois s'installer le long du flanc de la montagne. Après ta naissance, tes parents, selon la tradition, ont enterré ton placenta dans leur cour et ont planté un arbre à pain à cet endroit. Ainsi l'arbre fruitier et toi, vous grandissez ensemble sur le même sol autrefois nourrissier afin que tu y sois bien ancrée. Tu l'aimes cette terre, il faut la protéger et lui rester fidèle et même si la vie t'emmène très loin, dans des contrées où il fait très froid dans la grisaille pénétrante de l'hiver. Où que tu sois, tu en auras toujours la nostalgie, on ne sort jamais indemne ton pays. Cette terre vous manque à jamais lorsqu'on s'en sépare… Gauguin le peintre, Ségalen le médecin–poète ont essayé de pénétrer les mystères du passé et ont passionnément ressenti la nostalgie d'une civilisation exsangue. Comme eux, il te faudra regarder ce qui t'entoure, l'admettre, tenter de le comprendre pour avancer et ne pas te sentir étrangère chez toi. Aime ta langue, tes coutumes, tes rites ancestraux, respecte–les pour mieux les transmettre quand le temps sera venu pour toi. Car l'Age d'Or n'est plus, tu es déjà confrontée à la réalité très brutale du quotidien et écartelée entre un passé absent et un présent rouleau compresseur de rêves
A l'école, il faut aussi que tu te battes, tu parles tahitien mais tu ne l'écrit pas et tu le lis mal. Le français te rebute un peu et tu le trouves difficile surtout si à la maison, on le parle peu. Et pourtant il te faudra faire des études, sans doute quitter ton île pour augmenter tes connaissances. Sans diplômes, tu irais grossir le lot des sans emplois, la vie est bien chère et les tentations d'achats sont sans fin.
Tu te sens nonchalante, emplie de torpeur et de mélancolie. En toi, tu portes sans le savoir encore, le choc violent de plusieurs cultures qui se combattent, les excès de la civilisation occidentale, les dégâts de la société de consommation et ceux de la religion. Face à la mer, tu imagines un voyage lointain, en ignorant que tu emmènerais aussi dans ta fuite, ton profond mal de vivre. Tu es une ma'ohi, tu te balances entre réel et imaginaire, dans ton monde qu'on dit exotique, tu vas aussi avoir une grande soif d'évasion, de quête intérieure. Grand sera le danger d'aller les trouver dans le cannabis local ou dans l'alcool, très présents autour de toi. Tu sais bien que seuls les touristes qui ne font que passer, privilégient l'aspect idyllique de ton île.
Bien sûr, tu te sentiras impuissante pour changer tout ce que tu n'aimes plus dans le monde occidental, pour préserver les richesses de ton mode de vie traditionnel. Il ne faut pas que le spleen s'amplifie. Tu n'es plus l'Enfant Roi et il te semble que tout va décidément trop vite autour de toi. Qui écoutes-tu Marau, est-ce la télévision omni présente qui guide tes choix et tes désirs ?
Car tu en auras encore, des colères. Tu vas te sentir écrasée par le mythe de Tahiti où il ferait si bon vivre, dans un soleil permanent, où tout n'est que paix et luxuriance entre une nature symbole d'Eden et une vahiné qui ne vieillirait jamais et qui vous aimerait toujours. Tu commences déjà à manquer de repères et à souffrir d'insularité. Petite Tahitienne, on te demande de respecter ton identité, de parler français, tu es imbibée d'influences américaines et tu ne corresponds plus au mythe de l'exotisme.
Impossible de revenir en arrière, il va te falloir gagner ta vie et croire en toi. Il est loin le temps des chimères et de Pierre Loti, le paradis se perd chaque jour davantage. Prends ta destinée en main, dessine ton avenir, prévois-le lumineux comme si tu gravais l'arc-en-ciel de la nacre.
Je compte sur toi, tu es la force vive de ton Pays. Parce que…
Oscar Temaru, le président de Polynésie, renversé par une motion de censure
Le président de la Polynésie française, Oscar Temaru, a été renversé mercredi par une motion de censure déposée par l'opposition autonomiste réunie autour du sénateur UMP Gaston Flosse, son prédécesseur à la tête de la Polynésie.
Il s'agissait de la troisième motion de censure déposée contre Temaru depuis son arrivée il y a deux ans à la tête de l'archipel français du Pacifique sud. L'élection du nouveau président a été fixée au 21 décembre.
Tu vois, côté politique, rien ne change vraiment et les Dieux n'en finissent plus de se détourner des humains...

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